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Concerts à venir

Dans le bain #1
26/05/04

 

Un peu de mal, avec toutes ces grenouilles emballantes, à écouter de l’anglais ces temps ci, à part le forcément mirifique coffret posthume de Johnny Cash, le folk dépoussiéré de Laura Veirs sur « Carbon Glacier », le très onirique « Summer make good » de Mum (malgré une voix féminine superlativement gnangnan), et puis cette chanson de Divine Comedy, « Our mutual friend » synthèse éclatante de TOUT ce qu’on peut attendre d’une chanson. On peut toujours se barrer dans l’écriture d’une chanson, invoquer les limitations de durée pour emprunter des voies de traverse plus ou moins poétisantes, avec lesquelles la nécessité de concision n’est plus un souci, il n’empêche, dès qu’un se pointe avec une histoire, une matière narrative impeccablement menée, où la note semble être en extension du mot et vice-versa, on touche là à ce que la chanson, le genre, peut offrir de plus prenant, de plus ténébrant, histoire de caser un mot précieux qui parle. Ça m’a pris d’un coup, j’étais à me raser, les cordes de cette chanson déroulaient leur motif final obsédant, j’ai été submergé, imprévisiblement, je me suis retrouvé à sangloter comme un gosse, rasoir en main, moi qui ne pleure jamais sur la musique. Ne pas accorder forcément de crédit à toutes les larmes, ne pas considérer en art l’échelle de Richter lacrymale comme un critère de jugement fiable, mais quand même… Glad to be sad, définitivment. Et je l’ai lu, il la dit : les deux minutes finales et orchestrales de ce cette chanson sont ce dont le gringalet est le plus fier dans sa carrière : venant d’un égocentrique de son acabit, je trouve assez beau cet aveu, cette fierté pour un moment de musique où il ne chante pas.

Mais descendons de ces hauteurs pour en revenir à la musique populaire d’ici, parce que je viens de lire un pénible article sur les Rita Mitsouko, en d’autre temps héraults de la chanson en France, à propos de leur disque live avec l’orchestre Lamoureux, le plus vieil orchestre symphonique français, en d’autres temps interprète privilégié de Debussy, Ravel ou Xenakis. L’administrateur de l’orchestre m’avait proposé il y a plus d’un an de faire de même avec moi, à savoir reprendre des chansons de mon répertoire (appelons les choses par le seul nom qu’on leur trouve), et les faire arranger pour la formation classique (à ce sujet, il avait évoqué la possibilité de concerts aux Bouffes du Nord ; euh, finalement, c’est solo). Il m’avait, à titre d’exemple donné les pré-mixes des enregistrements réalisés avec les Mitsouko, et j’avais trouvé ça lourdingue, mariage peu inspiré, peu habile et empesé d’électricité, de rythmique plombante et de classique très classique. Aujourd’hui que ces enregistrements sont diffusés, plébiscités par une large portion de la critique musicale hexagonale, l’énigme du naufrage des Rita s’épaissit. Et on en resterait là, on passerait son chemin sans broncher en pensant, reconnaissant, à ce qui a été et ne veut plus être (voire en se souvenant d’un beau concert en 2002 aux Vieilles Charrues, pour peu qu’on ne soit pas regardant sur les « arrangements », où Catherine Ringer irradiait, vous faisait oublier les vaches maigres de leurs dernières livraisons discographiques), si dans le Monde 2 daté du 11 avril, le duo ne tenait des discours réac sur (je cite) « la pauvreté de la scène française » Fred Chichin incriminant Obispo, Johnny et Claude François comme si c’était les seuls référents possibles, et Catherine Ringer assénant en point d’orgue un complaisant : « Pourquoi Star Ac’ fait un tel succès ? parce qu’il n’y a rien d'autre en face ». On dirait du Bergheaud, l’aigreur en moins, dans le registre de l’autodépréciation complaisante, du cocorico à l’envers. Ces gens là, en d’autres temps géniaux, et qui aujourd’hui fermés sur eux mêmes, figés sur leurs à-prioris, leurs références d’il y a 1000 ans, sans doute infoutus de citer un centième de ce qui se fait aujourd’hui en France, vous infligent un indigne brouet classico-funky-flonflons, tout en lamentant qu’ici on soit grave à la traîne des américains … De l’air, les amis, de l’air.

Bon, j’étais parti dans l’idée de parler de ce que je vivais autour de la sortie du disque et du bouquin, et puis mes vieux démons de donneurs de leçons m’ont repris… Ce sera pour plus tard. Avant d’en rester là, je voudrais vous signaler la sortie en mai du DVD du très bon film d’Antoine Desrosières « Banqueroute » (2000), dont il m’avait confié la BO, avec en bonus, surtout, son premier court métrage « L’hydrolution » un des films les plus hilarants, absurdes et poétiques que j’ai vu de ma vie, il faut vraiment voir ça, c’est, allons y gaiement, un chef-d’œuvre. Et une petite recommandation à l’intention des réalisateurs qui souhaiteraient à l’avenir me confier une BO ou utiliser mes morceaux : renoncez, je porte la poisse ; par contre j’ai un pote breton…

Embrassades et accolades.
 

Dernière nouvelle : deux petites nouveautés à rajouter à votre liste de commissions :
- Cocorosie « La maison de mes rêves » : sous ce patronyme et ce titre décourageants, sans parler de la pochette, une petite merveille LO-FI de deux américaines à Paris, sorte de Billie Holiday(s) vaguement trip-hop aux petits pieds, mais jolis, les pieds, très intrigants.
- Sufjan Stevens : « Seven swans » dans la lignée, en plus contemplatif de son très très beau précédent, avec de beaux motifs de banjo mélancolique, et pas mal d’air crève-cœur.

 

 
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