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Le carnet de Dominique A / Anciens billets / Journal de bord #3
Journal de bord #3
25/11/02


Mercredi 6 - Berlin. Que font-ils de cette ville ? venu il y a 10 ans, je ne reconnais rien. Il faut dire, généralement, je ne reconnais pas grand chose. Dans la partie est, ça construit à tout va, des horreurs de tours, quoi d'autres, les architectes savent-ils concevoir autre chose pour loger les gens aujourd'hui ? Cela étant: c'est une journée splendide, ciel bleu immaculé, il fait caillante, j'ai vu la neige sur la campagne en me levant ce matin. La salle est au beau milieu d'une monumentale place déserte, en plein cœur de la ville, un beau chapiteau cerné par d'importantes bâtisses, dans la partie est de Berlin, pas loin d'Alexander Platz et de son impressionnante tour de guet. Quelques interviews m'attendent dans un salon de thé très beau et cosy, avec des journalistes francophiles très sympathiques, un hambourgeois très au fait de la question si on peut dire, et une jolie munichoise avec deux jumeaux dans le ventre, ex-chanteuse d'opéra et, à qui j'explique que ses futures progénitures n'apprécieront peut être pas le volume sonore du concert ce soir (je ne saurais jamais s'ils ont tenu le coup).
Tous me demandent d'expliquer le pourquoi du comment du succès de la scène française auprès du jeune public branché allemand ces temps derniers, je suis surpris, je leur dis qu'à part Yann, ça n'a pas l'air flagrant (ici, Yann draine facilement 500 personnes dans chaque ville), et que si je me trompe, ils seraient bien aimables d'en aviser le Labels local qui me distribue apparemment assez mollement. A l'heure du concert, le son sur scène est sec de chez sec, le public poli de chez poli, merci, bonsoir, (mon séminal "Ich bein Dominique A" d'intro leur aura au moins fait passer un bon moment, à en juger par les gloussements qui ont suivi) et au moment de chanter Monochrome, mes bras qui moulinent viennent se loger dans les côtes de Claire Pichet, venue me rejoindre sans rien m'en dire sur le refrain. La soirée finie, nous réussissons à choper quelques places pour aller voir sur scène Suicide qui officie à un kilomètre de là avec Pansonic, affiche sublime à priori, dans un Kolossal théâtre très stalinien d'aspect. Nous déboulons sur le premier "accord" d'Alan et Martin. Si je peux me permettre d'émettre un avis sur un truc injugeable, je dirais simplement que j'ai rarement entendu un son aussi pourri, avec concours de larsens au micro à faire pâlir Miossec. Dominique et moi envisageons deux secondes d'aller faire chier le "sonorisateur", genre "it sounds great, man" mais bon, pas assez bourrés pour ça. Le bourrier dure 30 petites minutes, et ça finit par Pansonic, qui bidouille vaguement derrière une table, mais j'aurai pu me laisser embraquer, mais fissa, il faut se barrer, le bus repart ils nous attendent pour nous lâcher à l'hôtel, Dominique et moi; les Tiersen continuent leur périple sur la hollande, les bienheureux. Le lendemain matin, dix kilomètres à pied dans Berlin, un beau parc avec une belle lumière matinale, un restau type Derrick, et l'avion, où là, nous ne regrettons pas de l'avoir joué petit bras la veille : Alan, Martin et leur "sonorisateur" sont deux rangées derrière nous. Martin à un visage enfantin quand il ne porte pas ses fameuses lunettes, un beau regard de gosse, et je l'observe du coin de l'œil, voir si lui aussi mange son yaourt à la fraise.


Vendredi 08 novembre - Avoine. De Berlin à Avoine : la classe, mon plus beau doublé.
Et en tête d'affiche s'il vous plait. Contre toute attente, chouette public, ce n'est pas la fête au village attendue, et "les élus ont beaucoup aimé", ce que ne cesse de répéter la jeune femme qui m'a fait venir ici, toute fraîchement nommée et apparemment obnubilée par les subventions à venir.
A part ça rien à dire, ils font les choses bien à Avoine, avec de belles et bonnes bouteilles dans les loges, et c'est incroyable ce genre de salles complètement impersonnelles mais très fonctionnelles comme on dit dans l'horrible jargon, dans des bleds aussi petit (1400 habitants à tout casser, une belle centrale nucléaire à coté c'est d'ailleurs pour ça qu'il doit y avoir une salle ici, comme à la Hague, pour faire passer la pilule de la centrale, on arrose les communes).


Samedi 9 novembre - Issoire, 50 km de Clermont-Ferrand. Grosse, grosse fatigue, contrecoup de l'Allemagne, les courtes nuits dans le bus à regarder des DVD de Queen (très mauvais groupe, mais au moins ils n'avaient pas peur) et de Bauhaus (très mauvais groupe aussi, qui aurait bien fait d'avoir un peu plus peur avant de se commettre dans le grand guignol goth, à mille lieues de Joy Division).
Je suis d'assez mauvaise humeur, et les buzz sur scène liés à une alimentation électrique aléatoire (apparemment dû à un cabinet dentaire environnant ... tristesse) et les châtaignes électriques au micro durant la balance n'arrangent rien. Pauvre poulet, va. Le concert est ad hoc, je rame, après un bon départ, sortez les pagaies, et je sauve les meubles, qui auraient bien besoin d'un peu d'encaustique cela dit. Retour à la maison après insomnie, dans un état piteux. Bonne surprise en arrivant, Frédéric Yves Jeannet, auteur de ce "Charité" tant aimé et que j'avais croisé à Manosque, m' a envoyé son dernier livre, avec un mot très gentil. Et j'apprends que le promoteur berlinois du concert de Yann voudrait me proposer d'autres concerts là bas.

Des retour comme ça, vous en mettez deux douzaines. A suivre...

 

 

 

 
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