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Le carnet de Dominique A / Anciens billets / Journal de bord #4
Journal de bord #4
10/12/02


Le 25 Trianon Paris. Bon. Nous y voilà. Le point d'orgue. Laurent Tuel m'avait bien dit que c'était la plus belle salle de Paris. Pas menti. Quelques verres le midi avec la Comment Certains Vivent Team, à qui je donne beaucoup de pain sur la planche ces temps-ci, ils me confient que des gens sont déçus par le coffret (ou est le live ? que ça, comme inédits ? c'est cher..), quoi dire, si ce n'est que l'objet n'avait pas tant pour vocation d'apporter du neuf que de faire le tour de la question, de façon ludique et subjective, dans un bel appareil (inédits liés à la période Auguri mis à part, c'est trop récent, et encore "procurable"). On papote, j'ai la confirmation que les pires horreurs de ma jeunesse sont téléchargeables sur le net. Merci les gars. Dans l'après-midi, je retrouve mon ex-compère de tournée Gaëtan (bassiste de l'Auguri Tour), venu filmer les concerts parisiens, au cas où on puisse en tirer quelque chose. L'heure approche, Deziel entre en scène, ça m'a l'air bien, mais je suis trop nerveux pour juger, ils sortent heureux, heureux et tristes que ce soit fini, ils avaient répété comme des ânes, le Label Pias les faisant mariner dans l'antichambre d'un contrat, les habituelles tergiversation des label-managers frileux, incapables de donner du "oui ou merde", au cas ou une rumeur favorable viendrait à se propager, avoir les gens sous le coude. Same old story. Je monte sur scène et l'accueil est impressionnant, ça me met dans un état électrique pas possible que le public alimente, crescendo, poussé par un son de scène mafflu. Après le deuxième rappel, je suis dans la cabine de douche et j'entends encore les gens hurler, toutes lumières allumées, j'y retourne, lacets défaits. Jamais vécu un truc pareil. Champagne.


Après champagne; ça va, la voix n'à pas l'air trop attaquée.
Je rencontre le midi Angela Clouzet, journaliste qui travaille à la réédition d'un ouvrage de référence sur Brel écrit par son père dans les années 60, à laquelle elle veut ajouter une interview croisée de chanteurs actuels sur l'impact de Brel, à savoir B Cantat, C. Olivier des têtes Raides et ma pomme. J'hésite, le coté table ronde à trois rappelant une autre largement célèbre, mais elle me rassure, on n'est pas là pour jouer à machin dans le rôle de truc. Bon vu comme ça d'accord Angela. Petite réunion avec l'Olympic Tour Team, Charles, Sandrine et Céline, apparemment une tournée de clubs se profile en Allemagne au printemps, très bien. Charles me convainc d'accepter diplomatiquement que figure "Je t'ai toujours aimée" sur une compil EMI moisie avec tout et n'importe quoi sous l'appellation ultra-démotivante "Rue des chansons". Je suis lâche, alors, j'accepte, mais mauvaise conscience d'alimenter ce genre de moisissures, dont je me demande a) qui a l'idée ? b) qui achète ? Retour au Trianon, je traînasse dans les couloirs, j'adore ça, glander dans les belles salles, faire le tour du propriétaire (on peut rêver ...), avant l'heure H, bien avant. 19h30, Marc Huygens joue, je me sens tomber malgré les hectolitres de café, thé miel, guronsan, et je fais un concert galérien, la pente est rude, j'ai la nette impression de chanter comme un porc, où est la belle aisance d'hier, et la Mémoire aie aie aie le courage, mais de fil en aiguille, en bouleversant l'ordre du set, j'arrive à émerger, les gens se lèvent. Qui a dit que les parisiens étaient blasés ? Champagne, mais ça fait cher la coupe.


Redescendre. C'est dur. Déjà, la nostalgie de ces deux jours au Trianon, la beauté du lieu, l'ambiance dans les loges du bon, avant , après. Et la transition est duraille. C'est joli Guilvinec, Sud-Finistère, beau port de pêche, avec la ronde des bateaux de retour à 17h30. Mais il fait froid -10° pendant le concert. J'ai pourtant l'impression de ne pas être si mauvais que ça, mais rien, le degré zéro de l'ambiance, coincerie intégrale. Robert, le dirlo du lieu, en est tout marri. Pas grave Bob. Il me reste les portraits qu'ont fait de moi des enfants de 9 ans (assez troublant, d'être accueilli par tous ces autres moi accrochés dans la loge), et le souvenir de gens aimables toute la journée. Le lendemain, petit tour sur la côte, à la torche, paradis pour surfeurs. C'est magnifique, la lumière matinale donne à la mer et aux rochers des couleurs de rêve. Vagues énormes, je comprends ici ce qu'on entend par "une vague qui enfle". La route ,en silence, nous sommes tous les quatre des loques. Je ne parle pas souvent d'eux. Qu'il me suffise de dire qu'évidemment, les relations des gens en tournée sont particulières. Quatre est un chiffre idéal, pour tourner, quand les gens s'entendent bien. C'est le cas, plus même. Nous dialoguons par onomatopées, grimaces, et le camion est un monde clos, auquel il va être difficile de renoncer, une fois la tournée finie. C'est une espèce de complicité régressive qui donnerait presque l'envie que ça ne , s'arrête jamais. Il faut se faire violence pour arrêter; en fait, suspendre un temps cette vie, entre garçons, pas entre mecs, non, l'horreur, entre garçons, entre copains, avec tout le côté vieillot de la chose. Me sera t-il un jour accordé de voir le Mans autrement que sous la pluie? La banlieue du Mans précisément, Allones, dont la laideur joue instantanément sur le moral d'Alban, régisseur de son état, à faire passer la Courneuve pour le Taj Mahal. J'ai joué ici déjà il y a 10 ans en première partie de Kat Onoma, cf une lettre du coffret. C'est la chauve-party ce soir, avec Vincent Baguian en première partie. Le gars est sympathique, mais son répertoire trop chanson-chanson pour moi, post brassentite aiguë, textes "amusants" ... On a décidé de me faire payer le Trianon, pas possible, ce soir encore, mon public, "enthousiaste à l'intérieur", une fois de plus, si je m'en tiens à ce qu'on m'en dit après, je ne peux que me fier à ça pour me rassurer, vraiment, sinon l'impression de faire chier les gens, bien tenace, mais personne ne part, alors quoi ? des fois envie de ruer dans les brancards, d'invectiver, mais non, pas le droit, je me mépriserais trop après. Je propose, on dispose, c'est la ligne à tenir.


Après Allones et sa grisaille, la charmante Gif/yvette, dans la Vallée de Chartreuse, des arbres, de l'eau, de belles lumières, de la vieille pierre. Ca sent la fin de tournée, avant goût de cafard. J'injecte le reste de mes forces dans un concert plutôt plaisant, avec oh miracle, des gens vivants, qui crient même des fois rendez vous compte. Jacques Higelin, oui Jacques Higelin, vient me lancer des fleurs à la fin du concert, et même si je ne l'ai jamais vraiment écouté, ça me fait quelque chose, vu la bouteille du bonhomme, et il est agréable, il n'a pas l'air de se la raconter, et il ne la joue pas paternaliste. Les boys and girls de Comment Certains Vivent, plus Stéphane, infatigable arpenteur-capteur de concerts auquel il faudra bien un jour consacrer un article minimum (depuis des années, il constitue une incroyable bande d'archives live vidéo et audio), font péter le champagne (1993) et une heure plus tard, mes camarades me larguent avec ma guitare comme un pauvre folkeux porte de St Cloud. Retour chez moi le lendemain, à Bruxelles. Jamais eu autant le cafard d'après tournée. Pour la première fois, l'impression de n'avoir pas tourné assez, avec ces lumières, cette formule (oh le joli mot), qu'on aurait pu en remettre une couche. Mais non. En guise de soutient moral : mon fils; l'album de The white Birch (décidément très bon, je re-recommande); le mythique "Animal on est mal" de Manset, qu'une âme bien intentionnée m'a gravé et c'est impressionnant, la chanson titre, qui à mon âge, 34 ans, a vraiment une ambiance incroyable, c'est une sorte de pop-rock sixties d'outre-tombe, visité par des cordes spectrales; l'album de Katerine, attachant jusque dans ses ratages, ses trucs impossibles pseudo soul où les esprits conjugués de Michel Jonasz et de Vanessa Demouy frappent trois fois (les deux premiers titres sont excellent, après on peut estimer que ça se corse, mais on peut aussi s'attacher, malgré les Recyclers et leur groove variétoche, malgré les clichés Dandy et la paresse de certains textes); la nouvelle lettre et le livre de Frédéric Yves Jeannet qui me remercie pour l'envoi de "Remué" et d'"Auguri" qui visiblement l'emballent, je suis aux anges et je me fait un ami, encore un. Donc, rentable ton blues, garçon, même si tu as niqué ton fute de scène en faisant le con à Gif/Yvette, rentable ta morve et ta prose empruntrée à Caliméro. De fait. A bientôt, les amis.

 

 

 
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