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Pour un petit tour


 
Angers
Angers, le Chabada, jeudi 12 octobre (450 personnes environ) :

Trois jours de répétitions, à l’arrache, comme d’habitude, remise en jambe, débroussaillage de « nouveaux » morceaux, et Dom Brusson me dit que c’est n’importe quoi, de se donner si peu de temps, que c’est un miracle que ça tienne, et nous y revoilà, tous les cinq sur scène, après des Mansfield Tya très en forme ; nous, c’est un peu laborieux, ankylosé, je prends à un moment donné une des cannes du décor pour mon pied de micro, et le public angevin, fidèle à sa réputation, reste sur sa réserve, mais ça va, c’était bien de reprendre ici, accueillis comme des coqs en pâte, et puis j’aimais bien ma petite chambre d’hôtel dans le centre, ça compte, ça, quand pas chez soi. Olivier nous annonce qu’il pourra jouer avec nous cet hiver aussi, gros soulagement, au vu de ses innombrables projets, c’était en suspens, et je ne me voyais pas me lancer en quête d’un Mellano bis. Dom Brusson et moi fêtons nos anniversaires respectifs, et nos dix ans de frasques communes, dans un resto perdu dans la campagne, au coin du feu, l’ambiancedouce dans la soirée qui s’embrume au rythme des bouteilles alignées.

Poitiers
Poitiers, la Blaiserie, vendredi 13 octobre (350 personnes environ) :
Bande son dans le camion : « Bring me the workhorse » de My Brightest Diamond, quelle voix, Jésus, Marie, Joseph, et quelles chansons, çà et là. La Blaiserie est en banlieue, première d’une longue série, et l’hôtel aussi. Je crois bien que Poitiers est une des villes que je connais le moins, en dépit de six passages depuis 93. Hors la ville, les saltimbanques, au ban, au ban (la ban-lieue, ça dit bien ce que ça veut dire) ! Affluence pas démente vu la profondeur de la salle, mais au moins, on aura réussi à éviter les chaises en plastique qui auraient bien plombé l’ambiance, et premier vrai concert, tout en souplesse. Si, si, c’est si bon d’être un peu fier, c’est pas tous les jours fête à ce niveau là.

Saint Avé
Saint Avé, samedi 14 Avril (250 personnes environ) :

Alentours de Vannes, petit bourg verdoyant. Bon centre culturel, bon son. 250 pèlerins dans une salle de 700, ça sent la fosse vide, et l’ambiance tristos, j’ai des souvenirs de concerts mitigés par ici. Eh bien, tu te trompes, camarade : les gens sont à bloc, attentifs quand on joue sur des patins, réactifs quand on met la gomme. Ils nous portent : un public de rêve. Vincent Guérin, qui habite dans les parages, est venu nous voir. Ça me fait plaisir. Finances obligent, il m’avait fallu lui expliquer que je ne pouvais pas faire appel à tous les musiciens du disque pour la tournée, et que je préférais privilégier le doublon instruments à vent/guitares plus claviers. Il n’y a pas de rancœur, apparemment.


Brest, le Vauban, jeudi 19 octobre (550 à 600 personnes) :
Dans le train pour Brest, bande son : Thomas Dybdhal, très beau, très sophistiqué, mais comme trop classe pour être honnête, peut être (l’effet Stark ?). J’embraye avec le « Lullaby for a liquid pig », l’avant dernier de Lisa Germano, un rien moins systématique dans le chant mourant que le dernier. Arrivée à Brest. Toujours aussi heureux de jouer au Vauban, incroyable hôtel-resto-bar-cabaret, ouvert depuis 50 ans, une histoire pas possible, des fantômes partout dans ses couloirs à grosse moquette, chambres joliment vieillottes, possiblement le plus beau club de France. 250 concerts par an, tenu par un stakhanoviste prénommé Charles, un furieux qui a repris l’affaire de ses parents qui, jadis, ne voyaient pas toujours d’un bon œil les choix musicaux du fiston, d’où des scènes d’engueulade en public mémorables, la caisse enregistreuse jouant les DC8... Ferré a joué là, Bourvil aussi, les Boo Radleys… tout ça consigné sur le même livre d’or. Sur scène, le son est crapoteux, mais bon, c’est gavé, et les gens bien remontés (mais pas trop remontés, comme parfois ici, ça part vite en vrille, Miossec ne vient pas de là pour rien). Après concert rigolo, en dépit d’un fort pourcentage de « Oh merde » dans le périmètre (un « oh merde », dans notre jargon de tournée, est une personne généralement ivre qui se propose de vous tenir la grappe pour vous parler d’elle ou pour vous agresser verbalement), dont un vague sosie de Lou Barlow, qui en dépit d’humiliations répétées de notre impitoyable part, revient inlassablement à la charge, finalement assez marrant. C’est Brest. Et pour peu qu’on soit en forme, ça vaut le détour.



Caen, le Big Band Café, vendredi 20 octobre (environ 350 personnes) :
Bonne casquette. « Dans un camion », ce matin, je n’enlèverais pas une virgule. Le Big Band Café, on avait débuté ici la tournée de « Tout sera comme avant », bon souvenir ; « Music Hall » avait germé là, dans l’hôtel de Ouistreham, précisément, sorte de manoir hélas aujourd’hui complet, ce qui nous épargnera une virée dispendieuse au Casino. Une petite fille s’immisce timidement durant la balance, sa mère lui donne la main et m’explique qu’elle demande toujours à m’écouter en voiture ; je fais des photos avec elle, que pensera t-elle plus tard en les regardant ? Concert difficile, des gens blablatent à cœur joie sur les morceaux calmes, ça nous fout un peu dedans ; un gars, notamment, à deux doigts de descendre dans la fosse pour le faire décaniller. Après-concert plus serein, les « derniers » verres se succèdent avec Arman Méliès et sa petite équipe (ils sont trois), et les gens adorables du club, on bave un peu sur tout le monde, tout va bien.


Nantes, l’Olympic, samedi 21 octobre (environ 700 personnes) :
Date redoutée, évidemment, dans le quartier où je vivais jadis. Arrivée sous la flotte, pas bien frais encore, mais heureux de remettre les pieds dans cette salle, presque ému à vrai dire ; des images de l’enregistrement de « Remué » me reviennent, on avait commencé là le boulot avec Dominique, dans le bar du bas, une semaine durant, à dégrossir. Le Coq ouvre, et on passe, comme un ami me le souffle, du coq à l’âne. Autant l’avant dernier concert nantais, il y a deux ans dans une salle située au beau milieu d’un parking Leclerc, nous avait laissé un sale goût, autant ce soir c’est Byzance. Des nantais comme je ne les ai jamais vus, déchaînés, et nous à la hauteur, galvanisés par l’accueil. Pas près de l’oublier, celui là. Trois jours de pause, pour la peine, à musarder avec ma douce dans les rues de Nantes, que je redécouvre, elle a changé un peu la belle endormie, en bien, ou suis-je encore sous le charme du concert ? Vu un film de Gérard Blain, « Le rebelle » (1980), au Cinématographe, très fort, très daté (tout semble si vieillot, les lieux, les fringues, les objets, les mots), mais très fort. Le film, l’histoire assez dostïevskienne d’un jeune prolo rétif à toute autorité, seul avec sa petite sœur, et que cette société pourrie conduira au meurtre, me poursuit quelques jours. 


Liévin, salle Arc en Ciel, festival « Le sixième son », mercredi 25 octobre (environ 350 personnes) :
Nantes avait donc un prix. Ça fait toujours ça : après une date baraka, une date cata. Claire Diterzi, qui ouvre (très bien d’ailleurs, le peu que j’ai pu en voir), me prévient : « Sur scène, c’est spécial, le son est hyper mat ». Merci, Claire. Et effectivement, rien ne porte, le son ne se diffuse pas sur scène, chacun est isolé dans sa bulle sonore, à pédaler dans la semoule. Du coup, le public, bien assis, est figé. On écourte le supplice. Il n’en faudrait pas trop des comme ça.


Amiens, théâtre de la Renaissance, jeudi 26 octobre (entre 500 et 700 personnes, à vu de nez) :
Chanson du jour dans le camion : « On est vieux, on est vieux / On va mourir malheureux / On va mourir oubliés / Personne pour nous enterrer ». Je lis le mémoire bien foutu sur la chanson française que m’a remis hier David, le programmateur de Liévin (gros fan de Marquis de Sade ; Daniel en a été pour une séance de dédicaces sur de vieux vinyles, dont certains qu’il n’avait pas lui-même), et pour lequel il m’avait cuisiné il y a deux trois ans. Le théâtre de la Renaissance est une salle qui fleure bon les années 60, et le meeting coco. C’est la très aimable équipe de la Lune des Pirates, le fameux club des bords de Somme, 20 ans d’âge, toujours autant de cachet, qui organisent ; ils me proposent d’ailleurs de faire la préface de leur futur bouquin anniversaire et rétrospectif, via Aurélie Zarka, une jeune femme qui m’offre son premier roman, « A ton image » (éditions Farrago), un très curieux et bon roman en deux volets, avec une langue originale, sur l’absence et d’un père, et d’une mère. Bon concert de rattrapage à part ça, ça requinque.


Nevers, chapiteau, festival « Nevers à vif », 20ème édition, vendredi 27 octobre (de 500 à 700 personnes, à vu de nez) :
Nevers à vif, festival rock avec, entre autres aujourd’hui Troy Von Balthazar, Mansfield. Tya, I love you but i’ve chosen darkness, et les Wampas. Sous chapiteau, après les texans d’I love you… (comme Mogwai, son du feu de dieu sur le rebord de scène, et devant, horrible, du crève tympans), on y va ; gros son rock, bon concert très énergique. On traîne, on boit, on taille une bavette avec des gens sympathiques, et on chante Lavilliers et Nicoletta avec les Mansfield. Tya jusqu’à 4 heures du matin, usant la patience des bénévoles encore debout, et qui songent probablement aux jours de festival à venir. Puis on regagne, les nerfs plus morts qu’à vif, notre hôtel en zone industrielle, comme souvent, vaguement déguisés, avec des frusques laissées par les Wampas. De Nevers, nous n’aurons vu que la Z.I., comme souvent.


Tulle, Boulodrome Ian Curtis, festival « O’les chœurs », samedi 28 octobre (1000 à 1200 personnes) :
Tulle, Corrèze. Boulodrome Ian Curtis. BOULODROME IAN CURTIS !!!!!! C’est magnifique. Légion d’honneur, minimum, pour qui a eu l’idée. Ça motive, en tout cas, même dans l’état où on est (je sais, tout ça n’est qu’une longue litanie sur l’alcool et la fatigue, mais vous verrez, vous n’êtes pas au bout de vos peines, et nous non plus à l’heure où j’écris ces lignes…). Le boulodrome est au bord de l’eau, il fait une température inhabituelle pour la saison de 20° C, et le soleil brille. David, le clavier, va chercher des champignons, en forêt. Je retrouve avec plaisir Fabrice Ponthier, que je connais depuis mes débuts, et qui organise chaque année le festival de Sédière, dans un des plus beaux cadres qui soit. Il me propose une carte blanche, pour l’édition 2008. Tout est calme, doux et reposant. Plus que le soir où, après OMR (très bons, d’après Mellano, moi, pas vus, comme d’hab, pas très friand de regarder des concerts avant de jouer), et avant les Malibu Stacy (très bons, d’après Tesch, technicien retours, moi, pas vus, comme d’hab, plutôt partisan de boire un coup dans les loges après avoir joué), nous donnons un concert à nouveau bien rock (faudra voir à revenir à quelque chose d’un peu plus fin sur les prochaines dates), face à un public réceptif bien que venu principalement pour Olivia Ruiz. Et après, mon dieu, eh bien, après tout recommence, certains verront même l’aube se lever. Retour horrible, forcément.



Cologne, Allemagne, Art Museum, date solo, le vendredi 4 novembre (450 personnes environ) :
Etrange, évidemment, cette date solo, en plein milieu de tournée. « L’horizon » vient de sortir ici, fin octobre, sur le label francophile Le Pop, je suis venu le promouvoir deux jours début septembre. C’est une sorte de nuit blanche à Cologne, avec pleins de soirées çà et là dans la ville, et je joue dans une sorte d’auditorium aux plafonds très hauts, avec une sono limite, et d’envahissantes lumières murales que nous parvenons à grand peine à faire éteindre avant de jouer. Pascal Parisot a essuyé les plâtres, à trois sur scène, ils ont eu du mal apparemment, le son était virtuel, surtout pour le batteur, le pauvre, qui n’avait même pas de retour. Je joue assez calmement, j’ai envie de poser le jeu, et ça me réussit plutôt, j’ai encore la tournée solo d’Espagne de fin septembre bien dans les pattes ; « Les hauts quartiers », notamment, c’est con qu’on n’ait pas enregistré ça, il s’est passé un truc, je crois. Les gens réagissent bien, et après le concert, il y a une soirée française, où on voit avec sidération de jeunes allemands danser sur de la chanson française ; et vu d’ici, c’est marrant, la perception change, et on constate à quel point certains morceaux, considérés chez nous limite comme de la pop à textes, peuvent AUSSI être excitants musicalement, et faire le bonheur des pistes de danse. Rolf et Oliver, du label, passent d’ailleurs le simili tube de Pascal Parisot, « ça alors ! », qui a vraiment bien vieilli, et un nouveau titre tout aussi addictif de sa compagne Frédérique. Oui, ce soir, osons, sautons le pas : Cocorico.


Martigues, Théâtre des Salins, 9 novembre (de 250 à 300 personnes) :
Lu hier deux bandes dessinées excellentes : « J’ai tué Adolf Hitler » de Jason (éditions Carabas), petite histoire délirante et irracontable, avec beaucoup d’humour et de grands airs tristes, et « 3, rue des mystères » (éditions Cornélius), par Shizuki, un maître du manga qu’on découvre tout juste par chez nous, des histoires de yokaï, ces fantômes dans les contes populaires nippons, inventives, drôles et étranges. Des bouquins en cours, autrement, pèle mêle : « Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus », un très bon recueil de poèmes de jeunesse inédits de Richard Brautigan, avec des fulgurances ; « Le bonheur de la nuit » d’Hélène Bessette, un auteur loué en son temps par Queneau et Duras, et oubliée depuis : une prose heurtée, concassée, un roman aux apparences d’un long poème, et qui une fois son rythme épousé, se lit d’une traite. J’ai pensé en le lisant à la scansion des poèmes de Marina Tsvétaïeva, l’impression d’une écriture comme un cheval au galop, avec les haies qui défilent. A l’opposé, « Le chant des regrets éternels » de Wang Anyi, auteur chinois, un portrait de Shangaï et de la Chine des années 30 aux années 80 via la destinée d’une femme, une écriture toute en ellipses et d’une incroyable minutie qui se lit comme un long poème là encore, ode à la mélancolie, mais dense et fluide, splendide, splendide…
Journée de train, dans lequel je retrouve avec joie mes deux copains de jeu Jérôme et Olivier, puis Martigues, lumières du sud, 20° en novembre, soleil, et concert de reprise, on va dire, les mécaniques s’encrassent vite, pas mal quand même, dans un beau théâtre, avec une affluence moyenne, mais on nous avait prévenus, ici c’est normal. J’y recroise Guillaume de Quaisoar en première partie, Guillaume qui jouait dans John, cet excellent trio marseillais émocore avec lequel nous avions tourné du temps de « Remué ». Aujourd’hui, Guillaume fait de la chanson, et c’est plutôt pas mal (album « Je suis vivant et vous êtes tous morts », bonne mélodies, belle voix), et du scénario de bandes dessinées. Le soir, « Clair Hôtel », enfin un endroit avec du cachet pour y passer la nuit, sans Z.I. en vue : le luxe.


Nice, Théâtre Lino Ventura, 10 novembre (environ 400 personnes) :
Dès l’arrivée, le ton est donné : une femme du service d’ordre monte dans le camion pour nous aider à le garer en lieu sûr. Nous sommes dans le quartier de l’Ariane, un des quartiers les plus chauds de Nice, en périphérie. Deux jours plus tôt, il y a eu des affrontements entre deux bandes rivales, et un mort. La zone est encore sous tension, et d’après ce qu’on nous a dit, ça a dissuadé pas mal de gens de venir ce soir. Malgré ça, très bonne ambiance chez Lino, les gens debout avant la fin du concert, proches de nous, au diapason du très bon souvenir qu’on avait du concert précédent deux ans auparavant à Nice. Bien, chez Dick.


Lyon, salle Molière, 11 novembre (entre 450 et 500 personnes) :
Magnifique, chez Jean Baptiste, vieille salle coquette attenante à un théâtre de Guignol (ce qui nous va), avec lustre mafflu et grandes orgues d’église sur scène. Au niveau des lumières, Didier, l’éclairagiste, n’est pas à la noce, il n’y a quasiment rien ; c’est une salle où on donne essentiellement des concerts classiques, rude à concilier avec des distorsions d’ampli guitare et des caisses claires, à priori ; au niveau son, Dominique craint la cata. Qui n’aura pas lieu, c’est un très bon concert, avec lyonnais remontés. Aiguillonné par ce satané Mellano, je jette, une fois n’est pas coutume, un œil sur la première partie, Scalde, un grand type maigre qui joue avec un quatuor. Pas très sudorifère, un poil trop bien peigné, mais de très bonnes chansons très anglophiles, bien jouées, avec du David Sylvian, du Bob Wyatt et, of course, du Mark Hollis dans l’air. Son album, « Poperetta », plus électronique, est très recommandable, comme on dit dans les gazettes spécialisées, du bel ouvrage. Après le concert, je croise Christian de Married Monk, Brigitte Giraud, Karl d’Oslo Telescopic (qui me dit le plus grand bien de Grizzli Bear sur scène), et Cyrz, avec qui j’avais passé quelques bonnes soirées en juin au Québec, et dont j’ai écouté le disque, « Un morceau de mon avenir » (Pias) tout le mois d’Août : mon disque de l’été. A part ça, je suis rincé. A l’hôtel des Tréteaux (superbe), dans ma chambre, un seau à champagne m’attend : je n’y touche pas. 


Cébazat, le Sémaphore, 12 novembre (300 personnes, peut être) :
Alentours de Clermont Ferrand, dernier soir d’un festival de chanson. Le spectre de Liévin se profile, les mains claquent molles, un peu moins sur le tard. Bien reçus, à part ça, et balance en début d’après midi un peu spéciale : David et moi rions bêtement, sous l’effet d’une eau de vie assassine, versée imprudemment dans le café. Ciel gris pour le retour à la maison, tôt le matin.
Durant la semaine, reçu de sa part le roman de Lola Lafon, « Une fièvre impossible à négocier », ce qui me fait plaisir, j’avais bien aimé son disque, le tranchant et à part « Grandir à l’envers de rien » (rien que le titre, déjà…). Interviews, le mercredi à Paris (Electron Libre, notamment, avec Didier Varrod, qui fit une de mes premières interviews pour La Grande Maison ronde en 92), le jeudi à Bruxelles. Je me sens flingué, je n’arrive pas à récupérer. Pauvre biquette, si tu picolais un peu moins…
Lundi, je repars sur Paris, pour quelques interviews, dont Melting Pop sur Direct 8, durant laquelle je me suis bien marré avec Jeanne Cherhal ; Christophe Quilien, auteur d’un livre passionnant sur l’histoire des 40 ans de Rock et Folk (et, partant, de l’histoire de la pop music telle que vécue par chez nous), est là aussi ; Caroline, compétente animatrice, denrée rare à la télé, me l’offre. Sur cette tournée, je reçois des livres et des disques tous les jours. De plus, j’en achète ; « La vie ne suffit pas », comme dirait Cali (titre de son DVD ; bien vu).



Antony, le mardi 21 novembre, Festival Chorus des Hauts de Seine, Théâtre Firmin Gémier (350 personnes au début) :
Le matin, séance de travail avec Bertrand Richard, pour le compte des éditions Textuel, pour un bouquin concernant ma pomme, à paraître si tout va bien à l’automne 2007. Textuel édite de superbes livres (biographies, portraits, poésie, philo, sociologie, photos…), et le courant entre Bertrand et moi passe très bien. Un coup de RER sur les coups de 15 h, et je retrouve mes camarades à Antony, dans une belle petite salle, avec de la vieille pierre au mur, plus salle de théâtre que de concert, comme on s’en apercevra vite. Didier, aux éclairages, loupe une marche ; il ne sait pas encore que c’est une entorse et qu’il va jongler toute la nuit. Rendez vous avec Yvan, de CCV, pour faire le point sur le site, un petit verre dans une brasserie, ah ça c’est du luxe, repas, et Mansfield. Tya commence, toujours aussi bien ; comme avec Arman Méliès, le fait de savoir que des gens de cette valeur là ouvrent est rassurant, on se dit qu’il n’y a pas maldonne entre les deux parties de la soirée. Ambiance dissipée, cela dit, entre nous dans les loges, parfois, les concerts sont des miracles ; en l’occurrence, nous sommes vite rappelés à l’ordre par le son ; je l’avais senti en balance, et Dom Brusson aussi, tout ça est bien trop fort, mais, le croirez vous, on n’y peut rien, la pression acoustique sur scène est telle que n’importe quel son un peu offensif agresse les premiers rangs ; pas une salle faite du tout pour des concerts rock. Si, si, rock. C’est rude. On fait moins les malins après le concert. Quoique…


Paris, mercredi 22 novembre, Le Bataclan (1500 personnes).
Trouve enfin le disque de Sibille Baïer, réédition, dont la presse rock fait grand cas, de chansons folk qui dormaient depuis 30 ans, par une jeune actrice allemande (après écoute et réécoute, pas de quoi fouetter un chat : le coup classique du disque repêché des eaux, avec une belle histoire à la clé, qui induit une surenchère critique); en profite pour racheter, avec une pointe de mauvaise conscience, des disques de vieux (The Cure, « Seventeen seconds » et « Faith », et le fantastique premier album de Lloyd Cole and the Commotions, « Rattlesnakes », rééditions gavées d’inédits loin d’être tous indispensables). Puis, rencard avec Charles, Sandrine, Jérôme, d’Olympic Disk, et Dominique, pour évoquer la possibilité de réaliser un album live, enfin, dans ce monde de téléchargement sauvage et de budgets resserrés; c’est pas gagné mais on va s’accrocher, j’y tiens. Interview pour France 3, dans le patio de mon hôtel parisien fétiche, le bien nommé Eldorado, dans le 17ème, rue des Dames, pas loin de Place de Clichy, puis balance au Bataclan. C’est vide et beau. Un autre rendez vous après, pour un autre projet, un disque de reprises, à voir, deux bières, puis direction la salle, un type m’alpague pour me vendre des places, je gagne les loges, Arman Méliès empile ses brillantes boucles, et c’est à nous, et c’est un moment merveilleux, en suspension, avec des gens qui portent. Après, on traîne, blablabli blablabla, tant de visages, connus et nouveaux, les citer tous serait en oublier, mais on ne traîne pas, pas tant que ça, on a connu pire. On refait juste le monde à l’hôtel avec Dom et Didier, dans une chambre vieillotte dotée d’un maigre mini bar.


Rennes, jeudi 23 novembre, L’Antipode (plus de 500 personnes) :
On devait jouer à la Cité, centre ville, mais merde, pas assez de locs, repli sur l’Antipode, aux pieds de barres HLM. L’équipe est sympathique, ça rattrape tout. Demain, Joey Starr joue ici. Des lycéens viennent m’interviewer, caméra au poing, mais damned, on a oublié de leur filer une cassette ; du coup, on fait ça avec un portable. Le soir venu, Psyckick Lyrikah, alias Arm, Mellano, et Robert le Magnifique, déploie avec force son hip hop surréaliste devant des rennais qu’on a connu plus réactifs. Même topo pour nous, et je sens bien que je ne suis pas dedans, je rame, mais au vu des réactions d’après concert, ça ne s’est pas trop senti. La salle se vide, alors que les suisses de Disco Doom égrènent leurs romances noise devant un public peau de chagrin, et pourtant, ce son, bon dieu qu’ils ont, ce son…


Fontenay-Le-Comte, vendredi 24 novembre (150 personnes) :
De bon matin, passage obligé chez un des meilleurs disquaires indépendants de France et de Navarre, qui tient, vaille que vaille, Rennes Musique, où j’achète notamment le triple (TRIPLE !!! De nos jours !) album de Bruno Green, « The blue void trilogy », un très bon album autoproduit en trois volets, donc. Bruno Green, qui a produit entre autre le deuxième Miossec, « Baiser », a réalisé pas mal de disques sous son nom, et sous le nom de Santa Cruz, notamment, des disques très américains. Jusqu’alors, je trouvais ça bien, mais sans jamais me sentir vraiment concerné, du fait d’une fixation un peu envahissante à mon goût sur Tom Waits. Il a désormais renoncé à un chant éraillé un peu forcé, et du coup, je trouve qu’il s’est trouvé, et que toutes les influences semblent enfin digérées, et pour ainsi dire dépassées. Un bonheur n’arrivant jamais seul, j’achète aussi « Birds of my neighbourhood » de The Innocence Mission, une pépite de coton mélodique, qui fait mentir les cieux exécrables sous lesquels nous faisons route pour la Vendée, direction Fontenay-le-Comte, petite ville de 20 000 habitants, et pourtant doté d’une bonne salle. Bon accueil, nourriture excellente, nos ventres sourient, comme dirait Mellano. L’après midi, à nouveau, rencontre avec des lycéens, lycéennes plus exactement, et leurs profs, pour une conversation à bâtons rompus sur mon métier de saltimbanque ; étonnamment, elles me posent plein de questions sur le rapport vie publique/vie privée, et c’est bien vu. L’une d’entre elles rougit jusqu’aux oreilles en me demandant si bon euh enfin c’est pas trop prétentieux tout ça que de se produire sur scène, et toutes rient aux éclats devant sa témérité, et elle a raison, la demoiselle, ô combien… Et elle se paie, cette prétention, le soir, devant une maigre affluence, assise, comme souvent, et bien assise. Juste avant le concert, Dom Brusson entend derrière lui une dame demander à voix haute « Mais enfin, Dominique A, c’est une femme ou un homme ? », et il frémit ; on s’en sort quand même, tant bien que mal, avec les honneurs, standing ovation, comme tous les soirs, si je peux me permettre de me la jouer encore davantage, à part, bien sûr, dans les salles debout, qui ne sont pas légion sur cette tournée. Mais c’est dur, ce genre de concert passé à convaincre plus qu’à proposer, me bouffe toute l’énergie. Je récupère doucement après le concert, tout en ingurgitant de lourdes Pina Colada avec « les » Arman Méliès, dans un bar où seul un couple tue le vendredi fontenaisien, sur fond de techno prisunic, et écran télé géant sous la piste de danse. Allumée, la télé, et vide, la piste, évidemment.



Cergy, samedi 26 novembre, Auditorium de l’Institut Polytechnique (250 personnes) :
Au dessous d’un pont, une banderole, et mon nom de vedette dessus en caractère gras ; ça fait bizarre, penser à tous ces gens qui passent en bagnole sous le pont et qui voient ce nom là, et doivent se demander de quoi il retourne. Nous tournons et retournons dans Cergy avant de trouver ce bien bel, et bien trop grand évidemment, auditorium, aux piliers penchés rouges. Je croise Ignatus, qui accompagne Ludo Pin, en première partie. Nous donnons un bon concert, nous essayons de faire mentir la solennité du lieu, le velours bleu confortable des sièges ; pas à dire, le set n’est pas très adapté pour des concerts assis, contrairement à la tournée précédente en 2005, et dieu sait qu’on va pourtant encore en bouffer du fauteuil post dinatoire cet hiver. C’est comme ça, l’essentiel étant de ne pas se focaliser sur ça. Après le concert, je retrouve des rémois (de Reims) marrants, qui m’avaient moult fois interviewé pour une radio Férarok, pas vus depuis longtemps, et signe un autographe pour une sympathique fan espagnole de la région de Murcia, apparemment venue exprès sur Paris pour le Bataclan. Des fois, la ferveur des gens me laisse pantois. Elle me dit que sa mère se prénomme Dominica, prénom rare par chez elle. Dans le camion qui rentre sur Paris, je suis ivre, et nous regardons le DVD du live du Bataclan que Stéphane Douillard, stakhanoviste de l’enregistrement live, nous a passé ; pour une fois, je vois ça avec plaisir, je trouve que ça se tient bien, et ça me renforce dans la conviction qu’un live s’impose. Dans l’euphorie, je parviens à convaincre la plupart de mes camarades de m’accompagner aux Noctambules de Pigalle, où officie depuis des lustres, chaque soir, l’incroyable chansonnier Pierre Carré, banane impeccable au vent, costume rouge immaculé, beau sourire triste et doux, et voix de stentor déroulant immanquablement son « Angelica Sérénade ». Je regagne à 5 heures ma chambre d’hôtel, un air niais sur le visage.


Bruxelles, lundi 28 novembre, Cirque Royal (600 personnes) :
Quel bel endroit. J’y avais vu Arcade Fire, ce concert dont le souvenir est toujours aussi vif. Bien entendu, compte tenu de la faible affluence prévue ce soir, le Cirque, qui peut accueillir jusqu’à 2500 personnes, a été reconfiguré, et les sièges sont, encore une fois, de la partie. Polar commence, puis Peter Von Poehl -dont j’ai acheté le très bon disque l’après midi même, en passant par Caroline Musique- embraye, pour un concert sur la pointe des cordes, les notes comme des flocons tombés sur scène. Ce n’est pas un grand soir, nous sommes un poil trop appliqués. Les mines réjouies des gens après nous rassurent. Nous finissons à l’Archiduc, bar mythique du centre. (Une BD lue hier : « Chaque chose », de Julien Neel (Gallimard, collection Bayou, dirigée par Joann Sfarr), très émouvante variation sur le thème de la filiation).


Ludres (banlieue de Nancy), mardi 29 novembre, Espace Chaudeau (350 personnes) :
Salle nouvelle, tristounette. Des officiels passent dans l’après midi, pour jauger leur « nouvel outil ». Pas assez de monde en prévision (tiens ?! surprise…heureusement, je ne m’y fais pas), des sièges sont installés dans la fosse. Trois interviews, encore, dans l’après midi, et aujourd’hui, c’était pas le jour, trop picolé encore hier, et cette partie de tournée s’achevant, les nerfs lâchent. Mais bon, une fois dans le bain, un vrai moulin. Le soir, Arman Méliès regagne les loges, pas très content de lui, il s’est vu jouer sur scène, je crois, le pire truc qui puisse se produire pour un musicien face à un public. Comme à Cergy, comme pour faire mentir le concert tristounet de fin de semaine qui pointe son nez et rattraper hier, on envoie la sauce, portés par un excellent son de scène dans une salle qui sonne par ailleurs très bien, et les gens, finalement, sont bien là. On se permet un petit Contrejour, dans l’euphorie, comme l’autre soir, à Cergy, je crois, avec Va t’en, histoire de marquer le coup. Dure nuit pour David, qui n’avait pas bu de vodka depuis 10 ans. Tard, on le vit errer près des échangeurs, à un km de notre hôtel.


Saint Nazaire, samedi 2 décembre, le V.I.P. (400 à 450 personnes) :
Retrouvailles des troupes pour le bouquet de fin d’année, dans une ville où, m’a-t-on dit, sommes attendus. Du temps d’Auguri, il y a 4 ans, nous avions donné un concert mémorable, pour nous en tout cas, ici, dans un grand hangar sur les quais, devant 2000 personnes (c’était gratuit). Lui aussi dans la zone portuaire (toujours plus exotique qu’une ZI…), le V.I.P. est, ô joie, un club, où les spectateurs sont quasi contraints de rester debout. Dans l’après midi, Charles et Sandrine d’Olympic nous rejoignent, pour encore avancer sur le projet de live. Pas simple, les temps sont rudes, le saviez vous ?, mais tout le monde a envie que ça se fasse, alors croisons les doigts. Pas de première partie ce soir, la nuit est à nous. On a déjà joué plus en finesse, et un poil plus précis, mais l’endroit est plaisant, les gens timides mais chaleureux, et le côté « petit dernier de la série » nous motive. Trois rappels, avant de retrouver d’anciens camarades, de tournée, ou de lycée, et le prévisible feu d’artifice éthylique, égaillé de pas de danse.


Après, c’est comme un vide ? Non, car il y a la vie à côté, qu’il est bon de retrouver sans la fracturer en permanence, la disséquer en petites pièces isolées, cette vie dépendante de la voracité des tournées, qui voudraient tout lui enlever, mais elle résiste, dieu merci, elle résiste. Et puis, d’autres kilomètres à avaler, d’autres planches à brûler se profilent, pas si loin. En espérant que le public ne nous fera pas le coup de la peau de chagrin cet hiver, parce que là déjà, c’était pas toujours la baraka niveau fréquentation ; rien de calamiteux ni de déshonorant, mais le signe possible d’un essoufflement de la part des gens, l’idée que peut être une retraite scénique temporaire s’imposerait par la suite. Encore faudrait il en avoir le courage. Pour l’heure, trop de bonheur avec mes camarades de camion, envie d’une rallonge. Qui se passera, elle, peut être de commentaires.
Bonne fin d’année à vous, et tant qu’à faire, pourquoi pas avec The Innocence Mission, décidément splendide, entre les feuilles ?
Et pourquoi pas aussi en lisant et relisant la poésie hantée et crépusculaire de Wallace Stevens, poète nord américain de la première moitié du 20ème siècle, et dont l’éditeur José Corti a eu la riche idée d’assembler les dernières œuvres récemment (« Avant de quitter la pièce »).
Prenez soin de vous.

 

 

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