>> 19 septembre 08 - Fantaisie littéraire - Actualités
>> 15 septembre 08 - Un bon chanteur mort - Actualités
>> 8 septembre 08 - Elsa Lunghini - Actualités

>> 29-03-2005 : Dans le bain #2
Le carnet de Dominique A - Archives

ImageImageImage

Bien d'autres bien belles choses me sont passées entre les oreilles ces derniers mois, pas spécialement des gens qui aimaient bien mes disques, du moins je n'en ai rien su. Comme un peu tout le monde, y compris ceux à venir, je me suis fait attraper par Arcade Fire, comment ne pas ?, enfin une hype pas usurpée. Je me suis arrêté un temps aussi sur le disque d'Arman Méliès, "Néons blancs et asphaltine", ses belles harmonies en mineur sur lesquelles les amateurs du dernier Blonde Redhead seraient bien inspirés de jeter une oreille, sans oublier de la récupérer après pour s'aventurer sur le "Notre Dame des Limites" de Julien Baer, qui a à priori a peu près tout pour me déplaire, avec ses rythmiques funky à la Commodores francisé, mais qui me plait pourtant beaucoup, parce qu'on y sent une vraie générosité sous la distance, qu'il y a de belles trouvailles textuelles, en particulier sur les morceaux les plus doux. Encore un qui mérite bien mieux que les a priori qu' on lui colle sur le paletot. Rien que le titre pourtant devrait agripper le chaland.

Image Il me faut encore , et peut être surtout, me répandre un peu sur Antony and the Johnsons, et de ce joyau en ouverture de son disque, "Hope there's someone", sur lequel sa voix crève-coeur, sorte de synthèse de celles de Nina Simone, Brian Ferry, Terry Callier, Jimmy Scott, Ilène Barnes et lui-même, m'a fait chavirer comme aucune autre depuis une bonne décennie, depuis Will Oldham, en fait je crois (je me revois dans mon taudis bruxellois d'alors m'infuser à doses déraisonnables son "You will miss me when i burn", bien raccord avec la drache qui tombait dans mon triste jardin, même que je m'étais réveillé comme sur un radeau, de l'eau partout autour du lit, mais Imagec'étaient d'autres temps et je m'égare) . "Hope there's someone", donc. A l' entendre, on viendrait vite à en douter, et si on était salaud, on lui dirait du bout des lèvres que, justement, "There will be no one who take care of you" (Palace Brothers, 1er album). Mais il le sait déjà, le bougre, sinon pourquoi ces ohoh dantesques qui viennent rompre la tristesse insondable du début, cette colère qui enfle ? Tout ça, je le subodore, est mal dit, une telle chanson mérite bien mieux que ces commentaires malhabiles. Heureusement pour moi et ma prose pataude, le reste du disque n'est pas à la hauteur de cette ouverture de rêve, avec sa soul un peu conventionnelle et sa pléthore d'invités (notamment le Thom Yorke aux petits pieds Rufus Wainwright; mention Image spéciale quand même à Boy George, qui, comme son inaugural "Do you really want to hurt me" le laissait présager, chante de plus en plus comme un soul man jamaïcain, avec bonheur), qui dilue un peu la sauce. Mais, à vrai dire, je m'en fous un peu, tant la première chanson me comble, et cette voix qui, sur tous les autres titres, renvoie à leurs chères études tous les pourrisseurs d'oreilles qui prétendent la jouer soul, mais qui ne laissent jamais le moindre doute poindre dans leurs harrassantes vocalises.

Chez Antony, ce doute est là bien sûr, mais pas comme une fragilité cache misère, non, puisqu'il est régulièrement mis à mal par cette autorité dont il fait preuve dans certaines intonations, comme avec l'audace du timide qui se découvre, une affirmation enfantine dénuée de toute tentative de séduction facile, et une proximité du ridicule qui ne vire jamais au kitsch. J'ai passé ça dans le camion l'autre matin, on roulait vers Poitiers; au début, les brutes épaisses qui m'accompagnent en tournée, et que j'avais seriné la veille avec ma nouvelle idole, promettant monts et merveilles, ont levé les yeux au ciel en entendant sa voix, avec des soupirs de commissération à mon égard. Trente minutes plus tard, Antony toujours aux commandes de nos ouies, il flottait comme jamais une atmosphère de douceur et d'harmonie dans l'habitacle mobile, et Nicolas souriait béatement les yeux fermés comme je lui passais délicatement la main dans ses cheveux blonds filasses.

A suivre... 

Image 



 
< Précédent   Suivant >

Carnet de Dominique A
© 2001-2008 - Comment Certains Vivent