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Il y a un livre que j'aimerais maintenant vous conseiller, et comme je
suis un peu feignasse, et que le texte d'introduction le présente
parfaitement, je me propose, tout bonnement et éhontément de le
reproduire, peut être vous donnera-t'il envie comme à moi de vous
plonger dans ce court roman de Mario Soldati, "La veste verte", petit classique italien écrit à la fin des années 40 et réédité en France par les éditions Le Promeneur:
"Pour fuir les allemands, le célèbre chef d'orchestre W. trouve refuge
dans un couvent. Il veut rejoindre les alliés. En arrivant au couvent,
il trouve le percussionniste Romualdi, déjà installé, qui se fait lui
même passer auprès des moines crédules pour un fameux chef d'orchestre
contraint à la clandestinité pour cause d'antifascisme. Romualdi est un
homme mesquin, suffisant, hautain, plein de morgue dans sa ridicule
veste verte portée comme un signe distinctif, comme un emblème. Il fait
partie de ces hommes insignifiants, médiocres, pour lesquels il n'est
rien de grand au-delà de leur propre médiocrité. Maître W. pourrait le
démasquer, mais, pour une raison mystérieuse, faite de pitié et
d'altruisme, de cynisme et de plaisir de la mystification et du jeu, il
se laisse séduire par cette médiocrité. Ensorcelé, quasiment paralysé
par un remords ou une étrange oppression morale, maître W. se retrouve
victime d'une mystérieuse culpabilité et se met au service du
percussionniste. Il se fait passer pour un employé de banque, amateur
de musique à ses moments perdus. Les rôles s'inversent. Le génie se
soumet à la médiocrité. Mais pourquoi ?".
Frédéric-Yves Jeannet, auteur entre autre de "Cyclone"
et "Charité", livres dont je vous ai déjà entretenu et que je ne peux
que vous re-recommander, et avec qui j'entretiens une petite relation
épistolaire, m'a fait parvenir "L'île Dollo", paru chez Léo Scheer;
un texte, manuscrit, y côtoie les très belles photos de Philippe Dollo
prises sur et depuis la Roosevelt Island, une partie de New York mal
connue, industrielle et fantômatique, où vécut quelques temps F.Y.
Jeannet, face à Long Island. Considérant que le regard du photographe
sur les lieux lui faisaient se les approprier, en les réinventant,
l'auteur a choisi de la rebaptiser l'île du nom de celui qui l'aurait
comme ainsi dire redécouverte , comme on baptisait autrefois certains
lieux du nom d'explorateurs. Regard transversal et inspiré sur New York
via un de ses pôles les moins connus, où l'Histoire fraie sans cesse
avec le particulier, où les traces du passé des lieux opèrent de
fréquents fondus-enchaînés avec les expériences et les parcours intimes
de l'auteur et du photographe; Sebald n'est pas loin.
Vertige Graphic, excellente maison d'édition de bandes
dessinées, qui s'emploie à exhumer des trésors graphiques d'ici et
d'ailleurs, toutes époques confondues, a eu la très riche idée de
proposer aux lecteurs francophones les gekigas de Yoshihiro Tatsumi;
le gekiga, apparu au Japon fin des années 60 et dont Tatsumi fût
l'initiateur, avait pour objectif d'offrir une alternative aux mangas
quasi exclusivement comiques et distractifs, en explorant des registres
plus dramatiques et psychologiques, chaque histoire ,d'une vingtaine de
pages mettant en scène un personnage confronté à ses névroses dans un
environnement urbain étouffant. Tatsumi excelle à planter vite un
décor, une situation, et à laisser, sans frustrer le lecteur, les
choses en suspens à la fin, à laisser ses personnages en plan. Trois
volumes sont parus, dont je vous recommande vivement le second, "Coups d'éclat", bien dense.
Autre excellente maison d'édition, Ego comme X publie un nouveau livre de Vincent Vanoli, prolifique auteur (beaucoup de titres parus à L'Association notamment), "Brighton Report".
C'est une sorte de carnet de bord sur Brighton, où vit Vanoli depuis
plusieurs années, un regard mi distant mi amoureux sur cette ville
balnéaire, hédoniste , que les anglais rêvent comme à une ville du sud,
méditerranéenne, et qui concentre tous les conformismes et toutes les
excentricités de l'île. Plus aéré, plus souple dans son graphisme que
les précédentes productions de Vanoli (dont le trait, très particulier,
évolue dans un registre quasi expressionniste, avec quelque chose de
Munch dans les visages de ses personnages, une prédilection pour les
ambiances noires où le grotesque n'est jamais loin), et composé en une
audacieuse bichromie, c'est un ouvrage là encore que je vous recommande
plus que chaudement.
Tout comme, décidément, "La vengeance du Golem africain", de Jean Pierre Duffour, aux éditions de l'An 2,
délirante aventure pseudo mythologique où un Golem blanc cherche à se
venger du terrible Dévoreur d'ombres, qui lui a refusé une place sur
l'arche de Noë avant le déluge. Pas la peine d'aller plus loin, vous
n'y comprendriez que pouic; disons simplement que dans l'esprit, Masse,
et les suisses Petit Roulet,et Poussin, géniaux défricheurs du début
des années 80, ne sont pas bien loin, et que ceux dont ces noms font
vibrer la corde sensible peuvent y aller les yeux fermés.
Encore
un cadeau (décidément, vous allez croire qu'on ne me veut que du bien,
et je vais finir par le croire moi même, mais rassurez vous, pas au
point de couper l'herbe sous le pied de mes romances paranoïaques, j'ai
encore de la matière), David de Thuin
qui dédicaçait ses oeuvres dans une librairie où je passais par hasard,
m'a offert le premier volume (quand cessera-t-on donc d'appeler ça des
"tomes", on n'est pas chez Zola...) de son "Roi des bourdons",
bande dessinée animalière pour grands enfants. Trait souple, dialogues
enlevés, un petit côté Trondheim, un début de série alléchant. C'est
une auto-édition, David de Thuin ayant eu à subir les affres de la
mévente avec sa pourtant brillante série Arthur Minus chez Casterman,
preuve qu'il n'y a pas que dans l'industrie du disque que ça sent le
roussi.
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