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>> 22-04-2003 : Rapport d'inactivité #3
Le carnet de Dominique A - Archives
 

Image'ai vu d'autres pièces ce mois-ci, dont une très belle tirée de l'Homme qui rit de V. Hugo, pièce qui m'a réconcilié avec ce dernier (pourquoi l'Education Nationale inflige-t-elle 93, du même, à des branlotins de 14 ans, si ce n'est pour les vacciner à vie contre la Hugolite ? Liste non exhaustive), avec un acteur très convaincant, Laurent Schuh. Sa performance (il est seul en scène), et la scénographie (utilisation optimale de pas grand chose), rendent le propos captivant (le texte se pose un peu là, il faut dire). Il n'y avait pas grand monde, dans cette petite salle du XVIIIe arrondissement de Paris, le comédien avait l'air un peu dépité après le spectacle mais si je peux me permettre, affluence mise à part, je trouve qu'il n'y a rien de mieux pour le théâtre que ces petites jauges pour éprouver une intensité, une intimité, sans la présence pesante d'un public "éclairé" dans un cadre plus large, moins confidentiel. Après, bien sur, c'est un peu la loterie, dans ces petits lieux, et je sais, les acteurs aussi ont le droit de s'alimenter.

ImageLes yeux oui, mais les oreilles ? les miennes m'ont dit merci ces temps-ci, avec des disques longs en bouche (Ne manque plus que le nez). Le mensuel Magic a consacré ses deux dernières couvertures à Venus et à Bed : bingo, l'un et l'autre sont de petits bijoux choux hiboux de lyrisme intime, lumineux l'un et l'autre. Le Venus est mouillé, réverbes Gilles-Marinesques obligent, le Bed plus sec et aérien, superbement produit. Autre réjouissance auriculaire, la découverte via le vendeur indé de chez Gibert et Silvain Vanot, croisé en ces lieux de tentation, des Angels of Light, le groupe(?) actuel de l'ex Swans Michael Gina. Jamais entendu causer auparavant de ces Anges de Lumière, qui méritent pourtant, en dépit du patronyme à faire fuir Bono lui-même, la plus grande attention de notre part. Comment décrire ça Image? Du Folk Gothique expérimental ? Va pour. Comme un Nick Cave pas rangé des voitures. Des morceaux à rallonge, fourmillant de sons, de cassures, dissonances, tirant l'oreille sans jamais la lâcher, une voix de stentor élancée sur des montagnes russes ("mélodies" vocales parfois tout à fait improbables), avec de ci de là, un petit côté Passion Fodder, en plus détraqué. Le dernier, "Everything is good here / Please come home" distribué en nos villes par Chronowax, est très recommandable, mais personnellement, j'ai un petit faible pour l'importé "How I loved you" (1999), disque élégiaque, dédié à sa môman, avec au minimum deux titres d'anthologie, dont un "New York Girls" affolant, dans la catégorie reptile. Vous ne comprenez rien à ce que je raconte et c'est très bien comme ça. Jetez une oreille là dessus Imagequand même, non, collez la dessus. Plus classique, dans le même registre, folk sombre, mais plus balisé, plus amusant aussi, presque, le disque solo du chanteur de New Model Army, Justin Sullivan, "Navigating by the Stars", qui, j'imagine après moult années de frustrations et d'obligations youtouuesques au sein de son power trio, a commis sa prévisible Léonard-Cohenerie. Ca pend au nez de tous les lyriques noisy ça, l'option vieux-sage, mais on sent que les vieux réflexes, l'option le-truc-qui-burne, ne sont jamais bien loin. En tout cas, c'est très joli, ça va bien dans ma salle de bains.

Image"Et toi, camarade, m'entends-je-dire, que fais tu de mieux ?"
Moi, camarade, justement, je chante "Mon camarade" de Ferré/Caussimon, et je remballe ma morgue. Car après avoir le mois dernier vertement tancé les chansonniers néo-passéistes, je viens de me commettre dans une reprise millésimée 1953 de la susdite chanson. Renaud Loetz, qui avait travaillé sur le live de Venus (encore eux), a fait les arrangements, j'ai chanté, ressorti le vibrato du tiroir, on a fait ça à l'ancienne, prise directe, musique et voix. C'était très agréable à faire, la harpiste enceinte peinait à attraper les cordes de basse avec ses petits bras. J'aime bien le résultat, assez fleuri. Fans hardcore de Remué s'abstenir. Fans de Bernard Lavilliers, welcome : Nanar et ses biscotos figurent en effet sur la compilation de Ferré. Joie, Joie.

ImageJoie plus franche : un réalisateur castillan, Marc Recha, auteur de plusieurs longs métrages déjà, a décidé d'utiliser six de mes chansons pour son prochain film "Les Mains Vides" avec, sacrebleu, Olivier GOURMET, et Mireille PERIER, entre autres. Avant accord, j'ai pu visionner en salle son précédent film, "Pau et son frère" (2000) , et c'est très beau et puissant, ça pue l'intelligence à dix lieues à la ronde, la sensibilité à chaque coin de plan avec, partout, la vie qui envahit l'écran. Ils sont en train de finir le montage en vue de Cannes. Morceaux utilisés, beaucoup d'acoustique : "Avant l'enfer", "Les terres brunes", "Burano", "Un insouciant", "Va t'en" et "Nous reviendrons". Il me tarde, colonel.

ImageIl y a un truc, j'ai failli oublier, qu'il faut aller voir si diffusé par chez vous, ce sont les 15 premières minutes des "Harmonies WEICKMEISTER" du hongrois BELA TARR. C'est une ouverture de film magnifique, dans un beau noir et blanc : dans une taverne d'une petite ville à l'Est de l'Europe, à l'heure de la fermeture, un jeune type fait mimer à l'assemblée de poivrots les mouvements célestes, les étoiles tournent les unes autour des autres, en un long plan séquence d'une incroyable fluidité. C'est d'une beauté soufflante. Après, hélas, ça se corse pendant deux longues heures, avec en point d'orgue une scène insupportable ; Lors d'un saccage d'hôpital par une population excédée, en révolte, la vision par les insurgés d'un petit vieux décharné dans une baignoire, mains pitoyablement posées sur son sexe, fait stopper net les violences ; à la suite de quoi, les saccageurs s'en retournent très longuement bras ballants sur fond de violonnades. Sous couvert d'humanisme, l'utilisation de ce vieil homme, de son corps pitoyablement mis en scène, censé incarner j'imagine les victimes des violences commises au nom d'idéologies, ainsi que cette interminable procession de révoltés contrits, pue le chantage à l'émotion, à la compassion (soeur de l'inaction), et s'avère d'une formidable obscénité, toute approche "naïve", par rapport à ce qui touche à la violence de masse, est irrecevable, insultante pour ceux qui ont eu à la subir. Et puis symboliquement, c'est nul, pauvrissime. Sans parler de la fin; dans un contexte d'après guerre civile et de restauration de l'ordre par des forces totalitaires, un personnage assène un "Ca n'a plus d'importance ... D'ailleurs plus rien n'a d'importance désormais" final, qui décourage toute indulgence ; sans oublier le gros plan sur un visage perclus de souffrance morale à la toute fin, qui évoque le tonnage de la baleine dont il est question dans le film. En résumé, pointez-vous à l'heure, marchandez le prix de l'entrée, expliquez à l'ouvreuse que vous n'allez rester que 15 mn, mais allez voir ce ¼ d'heure, et puis cassos.

J'aurais voulu vous parler de bandes dessinées, mais ça commence à faire, là, on verra ça le mois prochain, si la vie sur cette planète est encore envisageable. Portez vous bien.

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