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Eh bien voilà, non, rien, chou blanc, feuille blanche,
ce mois-ci, le rapport lui aussi sera gagné par la
torpeur, cette chaleur insensée que les gens appellent
de tous leurs vœux pour mieux la maudire quand elle
les écrase. J'ai péniblement tartiné
sur ceci, cela, des petits signes qui, de loin, ressemblent
vaguement à du cyrillique, si, si, puis me relisant
une fois, deux fois, constatant l'inanité de ce que
j'avais écrit, j'ai du me résoudre à
vouer ma prose à la sainte poubelle, un objet, la
poubelle, pour lequel nous devrions avoir la plus haute
considération, compte tenu de toute la somme d'écrits,
entre autres, d'écrits disais-je vains et laborieux
auxquels elle soustrait nos yeux déjà usés
par la somme d'écrits vains et laborieux qui s'offrent
à eux.
Et écrivant ceci, sur le périphérique
lisboète, oui, je crois que c'est le mot, lisboète,
juste avant d'enjamber en bus l'immense pont du 25 avril,
date de la révolution des œillets qui il y a
29 ans mit fin à la dictature au Portugal, en relevant
les yeux pour chercher d'autres mots moins inconsistants
à vous rapporter, je tombe furtivement sur une affiche
de Scorpions, le groupe de hard allemand, encore en activité
donc, et dont les membres posent sénilement guitare
pointue en main, sur une photo cheap qui nous renvoie au
temps de leur splendeur, l'époque où Hervé
Picart, mon prof de français-latin au collège
Savigny de Provins, vague sosie de Patrick Topaloff, en
blond et en plus doux, vantait leurs mérites au sein
de la revue Best, alors concurrente du Rock'n folk de la
grande époque, Best où officiait alors le
plus mauvais photographe de l'histoire de la presse rock
en France, Jean-Yves Le Gras, pour qui, je l'ai su plus
tard, une photo, bonne ou mauvaise, équivalait à
tant de brouzouf, et donc le but pour Jean-Yves Le Gras,
était d'écouler à Best le plus de photos
possibles, bonnes ou mauvaises, pour se faire le plus de
brouzouf possible, qui m'a dit ça, je ne sais plus,
mais j'étais tout disposé à le croire,
comme toujours quand on vous dit des saloperies sur quelqu'un,
on est toujours disposé à croire que c'est
vrai, au moins. Donc dans la revue Best, avant que les scorpions,
groupe de métal teuton, n'immortalisent sur bande
analogique, car l'enregistrement numérique n'en était
qu'à ses balbutiements, l'imbitable, oui, imbitable,
" Still loving you ", que je reprenais jadis en
balance avec mes amis musiciens, avec ce jouissif break
(" tin-ton-tin ") sur les refrains, il y avait
" Eye of the tiger " également, du groupe
Survivor, qui était très agréable à
jouer, Olivier Mellano étant particulièrement
doué pour reproduire les riffs et les triolets hard,
et surtout, " il a le son ", donc Hervé
Picart avec un " t ", mon prof de français-latin,
écrivait dans Best sur Scorpions, entre autres, comme
sur tous les groupes hard en général, il les
chérissait, c'était le spécialiste
à Best, il allait même jusqu'à trouver
des qualités à des groupes de hard français
comme Vulcain ou Warning, risibles plagiaires d'ACDC et
d'Iron Maiden, dans la langue de Molière, de Bernanos
et de Christine Angot, entre autres, voilà, il faisait
ça mon prof de français-latin, vague sosie
de P. Topaloff, en blond, la carrure moins solide et l'air
plus doux, en ces temps où les électeurs de
François Miterrand voulaient encore croire aux vertus
de la force tranquille, où Raffarin essuyait les
larmes de Giscard d'Estaing défait un an plus tôt
où les gens au pouvoir n'œuvraient pas à
la paupérisation de tout un pan de la société
française tout en promulguant le doublement du salaire
des ministres et ce quelques semaines après le 21
avril 2002, il faisait ça, donc, notre vague sosie
de Patrick Topaloff, et que je sache, contrairement à
Patrick Topaloff, il n'a jamais été derrière
les barreaux, il a peut-être dansé par contre
sur " où est ma chemise grise ? " puisqu'il
paraissait, aux dires de certains élèves bien
informés, qu'il se rendait dans des boîtes
de nuit en costume à paillettes le week-end, c'était
des bruits, qui couraient dans les couloirs du collège
Savigny, et ça ne laissait pas de nous épater,
nous les élèves moins bien informés,
il y avait un doute, tant le lien semblait improbable entre
notre doux enseignant laudateur des textes de Catulle et
de Pline l'ancien, entre autres, et le night clubber pailleté
des boîtes briardes.
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