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Finalement, il faudra bien y venir, après l'intermittence,
qui semble signifier qu'on est pas tout à fait là,
du moins pas tout le temps, la disparition. Je veux dire
après avoir été dans le spectacle,
un peu, comme hors du reste, ne plus y être. Au vu
des quelques mois que je viens de passer, personnellement,
ça me semble presque (tout est dans le presque ?)
envisageable, sans dégradation notable de mon moral.
Devenir, en disparaissant de la sphère publique comme
ils disent, un permanent de la vraie vie en quelque sorte.
C'est à dire, hors scène, hors médias,
un intermittent de l'amour, de la haine, de la joie, de
la colère, de l'ennui. etc….On n'y coupe pas.
Attaquez-vous à une intermittence, quinze autres
d'un genre différent vous tombent dessus. Pas toutes
rémunérées, celles-là
A part ça, et là je vous préviens,
ça va devenir vaguement démoralisant, inutile
de se voiler la face, comme le mois dernier, pas beaucoup
de jus pour mon rapport, camarades. Comme on disait jadis,"tournez
la page ", dans les livres disques de mon enfance,
je vous conseillerais bien " cliquez ". Mais quand
bien même, quelque chose vous tient, vous voulez savoir
où ça va, ce petit conglomérat de signes.
Pas trop de mauvaise conscience de ma part puisque globalement,
les gens n'ont rien contre, les phrases sans idées,
sans conséquence, au contraire, le fait qu'on puisse
faire des phrases sans idées, sans conséquences,
rassérène, ça remet tout le monde à
niveau, celui de la mer, et encore, quand ça culmine.
Avec ce type d'assertion, on en vient vite entre autres,
à ce bel égalitarisme dans l'art, cet hypocrite
" do it yourself " induit par le punk, qui n'était
en somme comme souvent les mouvements contestataires sans
effusion de sang, qu'une mouvance démago en avance
sur son temps "Fais le toi même" si tu veux
mais surtout ne vient pas m'emmerder après avec.
Une idée pour me tirer
de ce mauvais pas, cette prose absente, idée
dont l'efficacité a fait ses preuves (même
si, je sais, tant va la cruche à l'eau…)
: vous conseiller de quoi vous fatiguer les yeux, les
oreilles et le cerveau. Yeux et cerveau preums, avec
tout d'abord trois romans :
- " Et puis " de Soseki, au Serpent à
Plumes. Un jeune nanti, dans le Japon traditionaliste
et moralisateur du début XXème, cultivé
et oisif, fait l'apprentissage de la volonté,
se mettant délibérément en marge
pour honorer une dette d'amour. Roman de 100 ans d'âge,
langue d'une modernité intacte.
- " Minuit " de Julien
Green (Livre de Poche). Une jeune fille perd sa
mère, suicidée par amour, échappe
à ses tantes revêches et quelques années
plus tard, se retrouve placée par sa famille
d'adoption dans une étrange bâtisse, où
les résidents ne vivent que la nuit, et où
vont se démêler les fils de sa destinée.
Roman écrit dans les années 20, magnifique
dans ses va et vient entre fantasmagorie et réalité,
apologie de la nuit, comme beaucoup de livres écrits
entre les deux guerres, où les auteurs français
n'ont jamais mieux parlé de la nuit, avec comme
cette prescience qu'à peine sorti de celle de
la grande guerre, et malgré les années
folles, on était déjà de plein
pied dans celle de la guerre à venir.
- " Les émigrants "
de W.G.
Sebald (Folio). Quatre portraits contemporains
d'émigrants allemands, ici et là dans
le Monde, hantés à leur corps défendant
par le passé, et la rupture d'avec le pays
d'origine quelques décennies plus tôt,
en rapport principalement avec la période nazie.
Présenté sous forme d'enquête,
avec photos à l'appui, dans une perpétuelle
oscillation entre fiction et documentaire, ce livre,
qui révéla Sebald, donne mieux que tout
autre chair aux notions de passé refoulé,
d'arrachement de l'exil. Très prégnant.
Quelques B.D., maintenant, avec tout d'abord la réédition
d'un comic américain SF des années 60
signé Jack
Kirby. Gamin, lecteur de Strange et consorts,
je détestais Jack Kinby, pour l'épaisseur
de son trait, son ultra violence, ses personnages
caricaturaux, qui semblent tous luire comme du métal,
et ont sans doute influencé Druillet. Aujourd'hui,
je me pâme devant ce dessin unique, cette propension
à l'enaurme dans le cadre étriqué
des petites cases. Dans "Mister Miracle"
(Vertige Graphic), Kinby, scénariste et dessinateur
s'autorise tous les débordements graphiques
et les absurdités scénaristiques, c'est
con à souhait, jamais touchant, jamais traversé
par ne serait-ce qu'un micro-sentiment d'humanité,
et assez réjouissant pour ça aussi.
Son exact opposé Dupuy et Berbérion
et leur héros "Monsieur
Jean" dont la sortie du 6ème volume
" Inventaire avant travaux " m'a fait découvrir
la série, très très attachante,
une façon bien particulière de sublimer
par la plaisanterie les choses de la vie d'ici, en
France.
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