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S : Après Remué, tu quittes Lithium, et
hormis l'aspect contractuel, c'est vrai qu'il y avait Vincent
qui avait quand même un regard assez interventionniste,
tu disais qu'il était capable de te faire retourner
en studio pour un claquement de langue...
D A : Enfin il voulait !! (rires) Mais c'est sa force aussi,
c'est un maniaque dans le bon sens du terme...
S : Plus maniaque que toi ?
D A : Oui, ça dépend sur quel plan...
S : Et le fait que tu n'aies plus ce regard à partir
de Remué, ça t'a peut-être libéré
d'un côté mais en même temps tu n'avais
plus cette oreille qui quand même t'avait suivi pendant
presque dix ans ?
D A : Disons que l'oreille de Vincent est une très
bonne oreille, mais sur Remué on était tellement
en opposition... et puis je sentais qu'il en avait un petit
peu marre de ressentir le poids de Lithium comme étant
"LE label de Dominique A", qu'il voulait tenter
autre chose, et moi de mon côté j'étais
parti après Remué dans l'idée de faire
un truc plus ouvert, éventuellement même j'étais
parti dans l'idée de faire un disque très très
badin, hyper-léger... c'est un systématisme,
qui en vaut bien d'autres...
Et donc voyant un petit peu l'état d'esprit de Vincent,
je me disais "on va encore repartir au clash", et
je ne m'en sentais pas l'énergie, j'avais envie d'être
seul maître à bord par rapport à ça,
et qu'on me laisse commettre mes erreurs en tout impunité.
Donc la fin de l'histoire avec Lithium, qui n'est pas vraiment
une fin puisqu'il y a eu une suite aujourd'hui avec Oslo Telescopic,
c'était le bon moment et pour lui et pour moi, pour
qu'on continue à s'estimer et à s'apprécier.
Après Auguri, c'est une autre histoire, puisque...
vas-y, pose des questions ! (rires)
S : Juste avant Auguri, il y a le deuxième album
de Françoiz où tu as été très
présent et où tu as partagé l'écriture
de certains morceaux, Dave marcel a beaucoup fait jaser...
(rires)
D A : Oui, c'était mon pseudonyme dans Squad Femelle,
un groupe de reprises avec... voilà...
S : Entre les deux, cet album-là autant que le
premier album de Françoiz t'avait déjà
bien permis de travailler... tu l'as perçu comment
ce deuxième album ?
D A : Oh ben ça a été fait dans des
circonstances un peu particulières, enfin il n'y a
pas de secret non plus puisque dans la presse on en a parlé,
je vois pas pourquoi je me tairais, mais au-delà de
notre histoire personnelle avec Françoiz et au-delà
de ce qu'elle avait à chanter, on a enregistré
dans un endroit féerique où les sessions musicales
se passaient très bien, et en fait on arrivait à
faire ce qu'on n'était pas parvenus à faire
pour Remué, à savoir cet esprit un peu live
en studio, avec bien sûr beaucoup d'overdub et d'enregistrements
annexes, mais le truc c'était vraiment de m'apercevoir
à quel point j'avais du plaisir à retravailler
à nouveau sur des choses plus mélodiques, sur
des harmonies plus pop, et où j'enviais Françoiz
presque des chansons que je lui remettais... Il y avait vraiment
une espèce de joliesse qui me faisait envie.
S : Tu n'as jamais eu envie de lui reprendre une chanson
? Motus par exemple, que vous chantiez à deux ?
D A : Non, parce qu'en fait Motus est en plus un texte qui
a été écrit par rapport à ce que
je voyais d'elle et je voulais vraiment lui mettre dans la
bouche un truc qu'elle ait presque honte de chanter, qui soit
tellement proche d'elle que ça en devienne problématique
pour elle, ça n'a pas loupé d'ailleurs, elle
n'aime pas cette chanson ! (rires)
Non, parce que je me suis suffisamment mis en avant pour ne
pas être frustré par rapport à ça
et que là ma partie qui était de co-produire
l'histoire et de jouer de la guitare me suffisait amplement.
Etre un peu un des maîtres d'œuvre de l'histoire
me plaisait, le côté mise en scène m'intéressait
vraiment et puis en plus quand tu n'es pas l'acteur de premier
plan, il y a vraiment une jubilation à voir ça,
et c'était assez rigolo en fait de travailler sur ce
disque parce qu'on avançait, on avançait et
en fait Françoiz ne nous donnait rien en échange,
c'est-à-dire qu' on avançait, il n'y avait pas
une voix dans la boîte, et les choses se faisaient,
mais ça a vraiment tardé...
Et un jour les vannes se sont ouvertes et là elle nous
a tous embarqués mais ça a été
long. Humainement une des expériences les plus fortes
que j'aie vécues, c'est avec ce disque-là, et
pas forcément au niveau du résultat, parce que
je trouve que c'est un bon disque, mais je le trouve moins
bon que le premier par exemple.
Par contre sur le plan de l'expérience, ça m'a
appris des tas de choses, je me suis amélioré
en studio et ça m'a ouvert un peu la direction vers
Auguri.
S : Justement parlons-en, nous n'avons pas la même
vision des choses : pour moi Auguri c'est un peu un condensé,
on peut retrouver des choses qu'on a déjà entendues
avant avec une orientation plus rock, avec En Secret, alors
qu'Isabelle...
I : C'est catégorique, j'ai un truc avec ce disque
: je le trouve novateur, lumineux, sensuel, riche...
S : Moi je trouve que c'est vraiment dans la continuité,
ce n'est pas une révolution par rapport à...
I : Moi je trouve qu'il ne ressemble pas trop... enfin
le seul titre qui me rappelle Remué, c'est Evacuez...
D A : Oui, qui aurait pu être sur Remué...
S : Et Où conduit l'Escalier
aussi... Enfin je ne sais pas quel est ton sentiment, à
l'époque tu étais très content quand
ce disque est sorti, et maintenant ça fait un
an donc tu as plus de recul...
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D A : Oui, je suis content...
mais en fait je suis un peu dans le même état
d'esprit que quand je suis sorti du studio, c'était
assez rigolo, on était dans un café, on
venait de finir de mixer et John Parish et Head l'ingénieur
du son (qui travaillaient vraiment cul et chemise) ont
découvert que j'avais des disques qu'ils avaient
produits il y a quinze ans et que je devais être
une des trente personnes qui avaient ces disques-là
en France, donc évidemment ils se replongeaient
dans leurs souvenirs, ils étaient assez touchants,
et ils m'ont demandé un peu ce que je retenais
de cet enregistrement... et je leur ai dit : "Je
suis content, je trouve que c'est vraiment le fruit d'une
collaboration et ce disque sonne comme ça parce
que j'ai travaillé avec vous, mais il aurait été
complètement différent avec d'autres personnes",
donc leur patte est vraiment très inscrite, pour
moi la patte anglaise est vraiment inscrite sur ce disque.
Et pour une expérience de remise de clés
à des Anglo-saxons, je trouve que l'expérience
est concluante, j'aime bien ce disque. |
Maintenant c'est vrai qu'il y a eu une facilité à
le faire qui fait qu'aujourd'hui j'ai mes plages préférées
sur le disque. Dans l'intention je voulais un peu faire un truc
qui soit à la croisée de la Mémoire Neuve
et de Remué et qui pioche allègrement, c'est-à-dire
qu'on ait des trucs comme Les Hommes Entre Eux qui peuvent éventuellement
rappeler certains sons de La Fossette, même une façon
de chanter, c'était assez marrant parce que quand on
enregistrait je disais à Parish : " C'est marrant,
j'ai pas chanté comme ça depuis des années,
mais je vais essayer" et donc après... que dire
d'Auguri ?
Je ne le perçois pas du tout comme un aboutissement,
de toute façon je ne considère aucun de mes
disques comme un aboutissement, à part le premier parce
que c'est le premier et qu'il y a eu une suite mais que ça
aurait pu être le seul... enfin...
I : Le premier parce qu'il a amené la suite peut-être,
parce que tu n'étais sûr de rien ?
D A : Non parce que le premier pouvait se suffire à
lui-même, je dirais que je n'ai pas l'impression d'être
si loin du premier que ça, sauf qu'aujourd'hui je suis
reconnu comme étant plus chanteur, qu'aujourd'hui dans
l'esprit des gens qui s'intéressent un peu à
la musique je ne suis plus la lopette qui sait pas chanter...
Mais pour moi ce que je fais aujourd'hui, c'est une extrapolation
de La Fossette, tu vois, ce n'est pas...
I : Tu en reviens toujours à ce disque...
D A : Oui-oui, parce que tout vient de là, c'est ma
source ! Et ce n'est pas parce qu'il y a les meilleures chansons,
mais c'est simplement que ça aurait pu s'arrêter
là, et avec plein de regrets de ma part sans doute,
j'en aurais chié toute ma vie, genre : "Ouin-ouin,
pourquoi j'ai pas continué... "
Et je ne pense pas que ma contribution à l'histoire
de la musique soit beaucoup plus importante parce que j'ai
fait d'autres disques après...
J'ai l'impression que simplement on m'a donné la possibilité
de continuer cette histoire-là, que moi j'ai réalisé
un rêve inavoué qui était de faire ce
métier-là, et donc voilà, très
bien, mais c'est vrai que j'en reviendrai toujours à
ce disque-là, c'est clair.
S : On arrive maintenant en 2002, avec Le Détour,
qui est l'objet de l'interview, alors tu peux nous le présenter,
enfin sans faire une pub éhontée...
D A : Ha ben je vais me gêner !!! (rires) Je vais me
gêner !!!
S : Pas de commerce éhonté ! tu parles de
salmigondis, alors ça se présente comment :
la forme deux CDs...
D A : Qu'est-ce que vous en pensez déjà, franchement,
dites-moi ?
I : De faire une compil' ?
D A : Non, enfin oui déjà, et puis l'objet,
si vous l'avez déjà entendu...
S & I : Ben on a entendu déjà 5-6 titres
sur le site...
D A : Aaah, vous l'avez déjà entendu !!
S : Et moi j'ai entendu le live de L'Onglée qui
est vraiment à tomber... et Encore...
D A : Ouais, c'est un bon live ça...
S : Enfin pour moi, le jour où tu as annoncé
qu'il y aurait trois CDs, 55 titres, et puis il y aura 35-40
trucs qu'on connaissait, on était un petit peu en-dedans,
on sait que tu as des choses de côté, donc on
s'est dit il y a peut-être beaucoup de morceaux déjà
connus....
D A : Ah mais en fait l'objet du truc, quand Labels m'a proposé
de faire ce coffret, dans le mesure où Virgin en même
temps faisait beaucoup de long box, et je le savais pas ça
d'ailleurs, et j'ai vu ça et je me suis dit : "ah
tiens donc !!" (rires)
Et donc mon truc moi c'était de faire un CD compilatoire,
un CD live, et un CD inédits-raretés, et je
dirais que je ne sais pas à qui ce coffret s'adresse,
parce que c'est vrai que si c'est pour les gens qui me suivent
depuis longtemps, ils vont être frustrés, il
n'y a qu'un disque inédit, et ça coûte
cher !
Je dirais que dans l'esprit de la maison de disques c'était
de faire au moins deux disques rétrospectifs, je me
suis dit "ok, ça laisse un disque pour remplir,
avec des extraits live etc", et ça ne me semblait
pas inintéressant parce que ça me permettait
justement de faire le lien, de revenir sur des trucs, et puis
l'impression de faire vraiment (enfin c'est ce que tout le
monde dit) le ménage, de récupérer -enfin
ça c'est un peu la pignolade de musicien, je suis désolé
mais...- certains trucs en sons, notamment de Harry, qui sont
très mal masterisés, et puis surtout de faire
le lien et de produire un objet... (sourire) et puis mine
de rien, quand tu fais un truc comme ça, même
si effectivement ça peut se présenter comme
une vulgaire compil', ça remet quand même en
scène des vieux titres, c'est-à-dire qu'à
nouveau on se remet à parler de certains trucs, du
Gros Boris, de certains vieux morceaux, et en fait c'est pas
négligeable, il y a plein de gens en fait qui vont
peut-être offrir ça à des gens qui connaissent
pas du tout, et je trouve qu'en terme de rétrospective...
c'est un chouette objet, enfin moi je trouve...
S & I : Oui, oui... (opinant franchement du bonnet
!)
D A : Après il y avait vraiment le plaisir de me dire
"je fais le ménage, je balaie devant ma porte",
de faire le tri, et de montrer aussi et de façon complètement
subjective ce que moi je pouvais sauver de mon entreprise,
de ma petite entreprise... (sourire)
S : Bizarrement, tu es souvent revenu à La Fossette,
et pourtant il n'y a que quatre titres...
D A : Oui, pour des raisons de son, le son du Courage des
Oiseaux était une affaire très dure, et l'autre
raison c'est qu'il y a des morceaux de La Fossette qui fonctionnent
vraiment dans le cadre d'un album, pour moi La Fossette c'est
presque une plage.... Et par exemple isoler des morceaux comme
L'un dans l'Autre ou Ce Qui Sépare ou Passé
l'Hiver, ce n'est pas d'un intérêt fou, ce ne
sont pas des chansons fortes, ce qui est plus fort, c'est
plus le glissement d'un titre à l'autre, le tracklisting,
la façon dont le disque est organisé, mais c'est
vrai qu'il y a assez peu d'extraits en fait...
S : Justement, par rapport aux autres compils de Labels,
ce qui surprend c'est que tu n'as pas pris l'option chronologique,
album par album, tu as une autre logique...
D A : Oui c'est ça, même sur le troisième,
c'est faire éclater la chronologie pour que tout apparaisse
comme indatable, une chanson par rapport à... évidemment
Comment Certains Vivent n'est pas issue de Si Je Connais Harry,
encore que sur Si je Connais Harry, il y avait un truc comme
Retour Au Calme qui était déjà très
noisy...
Oui, c'est un jeu, un objet comme ça est un jouet pour
moi, quand on m'a proposé ça c'était
à nouveau le côté "bac à sable",
le côté puzzle, il y a vraiment une excitation,
moi en plus je suis quelqu'un de très tourné
vers le passé, donc j'ai tendance à pas mal
écouter ce que je fais, des extraits comme ça,
donc c'était pour moi assez jouissif de jouer avec
ça et de faire le lien entre des morceaux type Pères
et Les Terres Brunes qui à mon sens sont très
proches même si dans la forme ils ne le sont pas, mais
il y avait des liens à faire qui me semblaient...
Mais après c'est une petite histoire personnelle, peut-être
que ça n'intéresse pas les gens, le truc c'était
là encore de faire une sorte de glissement et que ce
soit le plus fluide possible, que ça fonctionne en
montagne russe mais avec des dénivelés parfois
très doux et qu'on passe d'un truc comme Le Détour
au Commerce De l'Eau très naturellement alors que d'un
côté tu as un morceau très acoustique
et de l'autre c'est un morceau hyper très travaillé
avec des effets partout, mais que cela ne choque pas, que
ce soit comme un dénivelé très doux...
Ou comme passer d'Antonia à Comment Certains Vivent,
pour moi c'était un peu l'objectif : montrer que rien
n'est blanc, rien n'est noir, rien n'est comme ci, comme ça
et que tout est relatif.
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