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S : C'est vrai que ce soit sur scène ou à
l'intérieur d'un disque, tu es très sensible
à l'ordre des morceaux, à leur enchaînement,
il faut toujours équilibrer parce que...
D A : Oui, parce que je pense qu'un mauvais concert comme
un mauvais disque peuvent découler d'un ordre des morceaux,
et tout l'état d'esprit -et de ton écoute, et
de l'interprétation sur scène et de l'écoute
pour les gens- va être influencé par l'ordre,
c'est-à-dire pour Remué, pourquoi les gens l'ont
pris de façon aussi frontale, c'est parce que les trois
premiers morceaux sont Comment Certains Vivent, Pères,
et Encore... Au départ je voulais commencer l'album
par Exit, qui était nettement plus ouvert et en fait
c'est Vincent qui a suggéré qu'on commence par
Comment Certains Vivent, de façon à marquer
une rupture très nette avec La Mémoire Neuve,
et j'ai dit "oui, banco", et il m'a dit : "là,
tu es en train de faire un truc qui va vraiment..." et
donc ça, c'est extrêmement important, ce sont
des choix qui influent après sur l'état d'esprit
des gens par rapport à ce que tu fais...
S : Tu dis que tu voulais faire un peu le ménage,
mais ce n'est pas avec trois titres live que vas t'en tirer
comme ça...
I : Oui, on n'est pas très contents là !
(rires)
D A : Vous êtes pas contents ? (rires)
S : En ce qui concerne le live, tu dis que tu as enregistré
beaucoup de choses en solo sur cette tournée...
D A : Ouais...
S : Est-ce qu'il va en sortir quelque chose ou bien c'est
pour toi-même ?
D A : En fait, à part les deux titres d'Oslo et les
deux titres genre Cloud Rain, le truc c'était d'écarter
tous les inédits liés à Auguri, que ce
soit le EP des Enfants Du Pirée, la K7 Une Femme Chante
Sur Le Quai, ou les inédits qu'il y avait avec les
premiers exemplaire d'Auguri parce que je me disais "
c'est quand même un peu fort de café un an après,
de venir refourguer sur un coffret au terme de rareté-inédit
alors qu'on les balancés à peine un an avant",
donc je les ai vraiment mis de côté en me disant
qu'il ne fallait peut-être pas exagérer.
I : Pour le prochain coffret dans dix ans...
D A : Oui, pour le prochain coffret dans dix ans ! (rires)
S : La B.O., on vient de l'évoquer, c'est un autre
travail, c'est quelque chose qui peut t'attirer ?
D A : Non.
S : C'est fini ?
D A : C'est fini... A part si c'est pour une copine, faire
une chanson... Mais pour moi c'est un autre monde, et je ne
me sens pas dans la peau du musicien, je suis vraiment auteur-compositeur,
mais pas compositeur du tout...
A partir du moment où tu fais une B.O. instrumentale,
j'ai une espèce de complexe qui fait que je me dis
"je ne suis pas à ma place" et je suis dans
un truc que je ne maîtrise pas, le rapport de l'image
et du son, pour arriver à cela il faut avoir quelques
connaissances musicales que je n'ai pas. Moi je suis dans
l'instinctif, et bon je peux faire des trucs instinctivement,
mais c'est plus mon état d'esprit qui me fait dire
"je suis à 30% de ce que je pourrais offrir au
film, parce que justement je n'ai pas les compétences
pour le faire", c'est peut-être une fausse idée
hein, il y a des gens qui se posent moins de questions tant
mieux pour eux, mais moi je me pose ces questions-là.
I : Moi je voulais évoquer les collaborations avec
Oslo Telescopic récemment, c'est un disque qui m'a
bien plu...
D A : En fait, disons que ce n'est pas mon disque. J'ai fait
le chant et c'est tout. S'il y a deux titres sur le coffret
c'est à la demande de Lithium qui m'a dit : "Pourquoi
tu n'inclurais pas, ça permettrait éventuellement
d'orienter les gens vers le disque", parce que comme
c'est un disque où il n'y a pas eu du tout de promotion,
rien n'est gagné par rapport à ça. Je
dirais qu'il y a une moitié de disque que je trouve
très brillante musicalement et qui me permettait de
rejoindre un esprit très live dans le chant. Une façon
de chanter sur Hit hit hit ou une chanson comme Morse que
j'ai volontiers en concert mais que jusqu'à présent
par rapport à mes propres disques j'ai moins parce
que là je ne me posais pas la question de la langue
alors que sur mes disques je me pose toujours la question
du français. C'est marrant parce que des fois j'ai
une approche presque trop carrée et je trouve des fois
l'idée que comme c'est sur un disque ça va être
jugé ad vitam aeternam devant Saint-Pierre, qu'on va
te demander des comptes par rapport à ça, et
cette attitude-là je ne l'ai pas du tout quand je chante
pour quelqu'un d'autre. Il y a une espèce de coquetterie
dont il faudrait que je me débarrasse sans doute, donc
voilà c'est le genre de trucs que j'aimerais être
plus amené à faire par la suite.
S : Avec Oslo ?
D A : Non-non parce que là je pense que ça
se suffit à soi-même. Pourquoi refaire ce qu'on
a déjà fait une fois ?
I : Sauf avec Tiersen ou ça a été
à répétition...
D A : Ouais-ouais, ça a été à
répétition mais ça repose sur 3, 4 chansons
(Les Bras De Mer, Monochrome, Bagatelle et Le Méridien
sur lequel je fais les guitares)... Il faudrait aller plus
loin par rapport à ça...
S : C'est une envie ?
DA : Par moments oui, mais pas une envie impérieuse
comme ça l'a été parce que faire un disque
avec Yann Tiersen aujourd'hui c'est pas si évident
dans l'idée. Il y a des enjeux qu'il n'y avait pas
avant. Les gens vont avoir des attentes qui font que ça
peut être tétanisant. Toi tu peux vouloir faire
de la musique entre copains et tu sais très bien que
ce n'est pas le cas. Il y a une exigence d'écoute qui
met un peu la pression et ce n'est pas forcément la
meilleure façon d'entamer une collaboration. Ca se
fera peut-être ou peut-être pas.
S : Des projets pour 2003 ?
D A : Je vais bosser. Il faut s'occuper ! Ce qui me motive
c'est la peur de l'ennui. Qu'est-ce que je ferais d'autre
? Ecouter des disques, lire des livres, j'ai un sentiment
d'inutilité flagrant, comme un type qui se retrouverait
au chômage. Si je n'écris pas, j'ai le sentiment
que tout s'est arrêté. J'ai l'impression que
ça ne reviendra pas aussi. C'est-à-dire c'est
provoquer l'inspiration pour faire en sorte de se rassurer.
Ce qui me rassure en ce moment c'est que je me dis que j'ai
2, 3 morceaux, ils sont là, c'est une base pour autre
chose et c'est ce qui fait que je vais continuer, le fait
de se dire qu'il n'y a pas un moins par rapport à hier,
je me dis "bon ça va, je suis toujours inspiré"
I : Tu as cette peur que ça te quitte un jour ?
D A : Non ce qui quitte ce n'est pas l'inspiration, c'est
l'envie en fait je crois. Il ne faut pas avoir peur de ça.
Si tu n'as plus envie... C'est le métier du désir
par excellence. Tu ne renvoies que ton désir. Si le
désir est fort et si tu l'as bien enrobé dans
un joli papier argenté les gens le reçoivent
bien. Si ton désir est moins fort, les gens le ressentent
ou alors ils se laissent tromper un petit peu mais ça
ne dure pas très longtemps. Si je ne faisais pas ça
je ne pourrais pas vivre.
I : Tu ne te verrais pas faire autre chose ?
D A : Si, mais il fallait que je fasse ça aussi, après
en faire son métier c'est autre chose
S : Tu as une idée de la direction que tu vas prendre
?
D A : Non pas précise... un gros morceau ambitieux,
une grosse pièce montée pas forcément
en termes de durée, mais un truc imposant qui vise
pas forcément l'efficacité à tout prix.
J'ai envie d'un truc qui soit un peu plus corsé qu'Auguri
dont j'estime qu'on peut faire le tour en trois écoutes.
Le travail préparatoire sera beaucoup plus long, il
y aura beaucoup d'essais. J'aimerais bien dans l'idéal
ne pas trop jouer sur mon disque en fait. Etre plus chef d'orchestre...
d'avoir un travail d'écoute, en fait de faire pour
moi ce que je pourrais faire pour d'autres gens, d' écouter
les bandes, d'avoir aussi des chansons très écrites
mais de me laisser déborder par les idées des
gens tout en partant des chansons. En ce moment je joue sur
scène Le Dernier Couché que je vais faire sans
doute sur disque mais qui en l'état est une ébauche
qui n'a rien à voir avec ce qu'elle pourra être...
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