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Interview Gekko
Le 1er mars le collectif GEKKO et Dominique A nous ont accueillis à Paris au Studio Ferber, là où a été effectué le travail de production de l'album Tout sera comme avant et une grande partie de l'enregistrement. Gekko est composé de trois personnes Jean-Louis Solans, Arnaud Devos et Jean Lamoot. Nous avons découpé l'interview en 14 séquences, chacune est en écoute (plugin windows media player nécessaire) et une retranscription est également disponible et imprimable. Merci à Jean-Louis Solans, Arnaud Devos, Jean Lamoot, Dominique A et Sandrine.

 

Yvan : GEKKO, je crois que c'est un sigle ?

Arnaud Devos : Un sigle, oui ... un nom, je raconte pourquoi on a choisit ce nom là ?

Dominique A : Pourquoi c'est pas "CK" d'ailleurs ?

Arnaud Devos : Parce que l'on a changé l'orthographe, en général ça s'écrit gecko.

Dominique A : J'ai cru qu'il y avait une bourde sur les crédits, je me suis dis "merde ...".

Arnaud Devos : On a juste changé le "CK" en deux K pour faire plus moderne. En fait GEKKO à l'origine c'est un groupe qui s'intéresse à pas mal de musiques du monde et on a pris cet emblème parce que c'est un animal qui existe sur tous les continents et c'est l'un des seuls animaux qui arrive à vivre absolument partout et dans n'importe quelle circonstance, et surtout ce qui est marrant c'est qu'il s'accroche un peu partout et qu'il peut même tenir sur des surfaces glissantes comme la vitre la tête en bas, en plus il bouffe les moustiques, il débarrasse des parasites. On trouvait le symbole marrant, comme notre credo c'est que l'on pense que l'on peut s'accrocher sur beaucoup de choses.

Yvan : Y compris au niveau des artistes avec qui vous travaillez vous avez une palette super large ...

Jean Lamoote : A nous trois on regroupe pas mal de sensibilités, finalement avec toujours une sensibilité commune, après c'est le caractère de chacun, le mélange de ça qui donne le résultat.

Arnaud Devos : Oui c'est ça, c'est à dire que l'on a chacun des parcours très différents, et assez complémentaires.

Yvan : Et en deux mots vos parcours ?

Arnaud Devos : Je vous en prie ...

Jean Lamoote : Mon parcours, ... qu'est ce que je peux dire ..., je suis né en Bretagne, j'ai vécu dix ans en Afrique, j'ai pas mal été baigné dans la musique dès cinq ans, mes parents sont hôteliers, et il se trouve que dans les hôtels en Afrique il y avait des orchestres, j'ai été assez sensibilisé à la musique surtout par les groupes qu'il y avait dans les hôtels de mes parents.

Arnaud Devos ou Jean-Louis Solans : C'est grand ça (rires)

Jean Lamoote : Comme en général c'était ma mère qui faisait leur répertoire ça allait de Alain Barrière aux tubes locaux, en passant par la variété internationale, je n'ai pas de style spécial, j'aime tout tant que c'est sincère et qu'il y a une émotion qui se dégage, que ce soit du reggae ou du disco ou rock du punk ..., voilà, le parcours ... je sais pas si je vais raconter ma vie.

Dominique A : (rires) T'es bien parti en tout cas (rires).

Jean Lamoote : Après j'ai appris la guitare, quand on est rentré en France, j'ai commencé à monter un groupe, ensuite j'étais disque jockey dans une boite de nuit, et là j'ai rencontré des gens qui travaillaient dans un studio, qui m'ont fait découvrir le studio et quand je suis monté à paris, j'ai repris contact avec eux et puis de fil en aiguille on a commencé à faire des maquettes et je suis tombé fan du studio de l'ambiance qui y régnait et je suis rentré comme stagiaire puis assistant puis ingénieur puis réalisateur ...

Arnaud Devos : Next

Jean-Louis Solens : La première chose que l'on pourrait dire c'est qu'au départ on n'a pas fait le même métier tous les trois c'est pour ça que l'on s'estime aussi très complémentaires. Donc au départ, effectivement, Jean a plus suivi son parcours d'ingénieur, moi je suis musicien depuis tout petit, Arnaud aussi, et l'on compose aussi tous les deux, donc c'est un peu ça qui nous a réunis ensemble.
Mon parcours : j'ai commencé la guitare classique à 7-8 ans, et ensuite j'étais au conservatoire de guitare classique jusqu'à l'adolescence à peu près et ensuite les groupes, la guitare électrique, etc. et petit à petit je suis rentré dans un groupe qui s'appelait "Au ptit Bonheur" qui a pas mal marché il y a un peu plus de dix ans et puis de fil en aiguille j'ai joué sur différents albums, ensuite j'ai travaillé avec Mano Solo pendant cinq ans.
Arnaud et moi on s'est rencontré il y a très longtemps, on a commencé à faire des projets ensemble. Un premier projet avec une chanteuse il y a très longtemps et qui a pas vraiment abouti et puis on s'est retrouvé quelques années plus tard autour du projet de GEKKO.
Et Jean je l'avais rencontré sur l'un des premiers albums que j'ai fait, au tout début, il était assistant à l'époque, et j'avais un super souvenir du travail qu'on avait fait ensemble parce que un jour il m'avait emmené dans un studio faire des guitares clandestines sur un morceau sur lequel il bossait, qui n'avait rien à voir avec le projet pour lequel on était payés, et là j'avais vraiment flashé, je me suis vraiment éclaté alors que ce qu'on faisait c'était chiant tu te souviens ? (rires).
C'est comme ça que quand Arnaud et moi on a commencé à travailler sur les maquettes de GEKKO et qu'on a voulu avoir un ingénieur du son dans le groupe, on trouvait que c'était une super idée d'avoir une équipe de production comme ça, on a tout de suite pensé à Jean, et puis voilà de fil en aiguille on s'est retrouvé sur différents albums on a réalisé un album ensemble il y a trois ans pour Mano justement ...

Yvan : Comment vous abordez un nouveau projet avec un artiste que vous ne connaissez pas, est ce que vous écoutez son travail ?

Jean Lamoote : Je n'écoute jamais le travail précédant, enfin j'aime pas trop, même quand j'ai commencé à bosser avec Alain pour "Fantaisie Militaire" je ne me suis pas plongé dans tout son passé discographique pour tout connaître, je préfère rester assez vierge .

Jean-Louis Solans : Pour Dominique non plus, on ne s'est pas vraiment plongé dans toute ta carrière .

Dominique A : Quoi ? (rires)

Jean-Louis Solans : Moi je connaissais Dominique sans connaître, on avait eu le dernier album par Freddy donc j'avais écouté le dernier album, mais enfin effectivement il n'y a pas de recherche pour tout savoir sur le passé, je suis assez d'accord avec Jean là dessus c'est bien de garder une part de fraîcheur et puis de rencontrer la personne.

Jean Lamoote : Oui, pour nous c'est ce qui est le plus important.

Yvan : La rencontre ...

Jean Lamoote : Oui parce que c'est là que ça va se passer, si il se passe des choses c'est entre des gens à ce moment là et on a tous notre passé, donc pourquoi nous on en saurait plus sur la personne avec qui on va travailler que cette personne.

Yvan : Donc c'est vraiment une rencontre en faisant abstraction du parcours musical.

Jean Lamoote : C'est pas de faire abstraction, non, quand même pas, si c'est quelque chose qui ne te plait pas du tout qui te rebute etc. évidement t'y vas pas !

Arnaud Devos : Puis c'est vrai qu'il peut y avoir certains passés qui nous rebutent un peu au départ si on sait que quelqu'un vient de la Star Academy je pense qu'a priori on aura un recul enfin je pense, comme beaucoup, mais sinon à part ça ...

Yvan : Et pour Dominique, il y avait l'intérêt que tu portais au dernier album de Bashung.

Dominique A : Ouais, y avait ça, en fait au départ c'était par rapport à Jean, c'est à dire je voulais bosser enfin bosser ... rencontrer Jean, et puis on me dit "Ah bah ouais non mais maintenant ils sont trois !" (rires)

Arnaud Devos : L'hydre ...

Dominique A : C'est vrai que ça m'a fait peur au début parce que c'est pas évident, je me disais bon "je vais bosser avec un producteur et puis il va faire une équipe autour de moi, mais je vais ramener des gens aussi", j'étais prêt à me laisser porter mais pas à ce point là en fait. Après je me suis dis "je vais les rencontrer" puis j'ai vu les pompes d'Arnaud (rires).

Arnaud Devos : Et ça a été bon (rires).

Dominique A : Tu avais les même d'ailleurs.

Arnaud Devos : C'est vrai ? Ah bah oui c'était juste après mon anniversaire.

Jean Lamoote : En fait quand je suis arrivé dans GEKKO à la base, pour situer c'était à un retour d'Asie d'Arnaud, il y avait passé plusieurs mois, il avait ramené pas mal de matières sonores de là bas.

Arnaud Devos : Des instruments aussi.

Jean Lamoote : Il avait été assez envoûté par toutes les sonorités qu'il avait pu entendre là bas et il a commencé à faire des chansons à partir de chants traditionnels qu'il avait ramené et sur place il avait rencontré des gens aussi ... poutou qu'il avait été enregistré. Il avait commencé à mettre en place des morceaux à base de chants traditionnels en fait ça c'était la base de GEKKO.
Nous on est arrivé Jean-Louis et moi, à cette époque là pour travailler sur ce projet là et on a fait ce disque ce qui nous a pris pas mal de temps on s'est enfermé des mois et des mois pour développer des techniques d'enregistrement, d'ordinateurs parce que on en était vraiment au début c'était en 97, et moi en fait quand je suis arrivé sur "Fantaisie Militaire" j'ai mis en application tout le travail que l'on faisait ensemble, que l'on avait développé les mois précédents. Parce que Alain voulait enregistrer sur ordinateur directement et nous ça faisait juste un an et demi que l'on était à fond la dedans donc moi j'ai mis en application en fait tout le travail que l'on a développé ensemble tous les trois sur "Fantaisie Militaire" c'est ça qui m'a permit d'avoir les épaules assez solides pour pouvoir faire ça et de gagner tout de suite la confiance d'Alain et de fil en aiguille quelques années plus tard je réalise le deuxième et forcément quand il y a besoin de personnes avec qui travailler les premières personnes à qui je pense c'est mon groupe c'est GEKKO c'est Arnaud et Jean-Louis.


Yvan : Par rapport à ça Dominique tu avais aussi beaucoup travaillé avec Sacha avec Olivier Melano ... tu voulais changer ?

Dominique A : Oui, je voulais changer pour que l'on s'oxygène un peu les uns les autres. On sortait de pas mal de temps de tournée. Et puis même, non j'avais vraiment envie ... et on s'est rencontré, on a écouté les maquettes que j'avais amenées, j'avais amené je sais pas 14 - 15 chansons, on les a écoutées ici (ndlr : Studio Ferber) et ça leur plaisait assez et on s'est dit que l'on allait faire un essai c'était début juin l'an dernier. Après vous m'avez demandé des guitares voix parce que j'avais tout effacé (rires). J'ai du tout refaire et après ils ont bossé sur six chansons à titre d'essai, en fait pour voir en tant qu'arrangeurs et Jean devait intervenir après.

Yvan : Et dans ces cas là est ce qu'il y a une chanson qui déclenche ? qui provoque le déclic de ta part ?

Dominique A : Oui, moi ça a été "Dobranoc", c'est la première qu'ils m'ont fait écouter comme par hasard.

Arnaud Devos : ah oui ah bon ?

Dominique A : Si si vous vous souvenez pas de ça ?

Arnaud Devos : Non, moi j'avais l'impression que l'on avait commencé par une ou on s'était ...

Dominique A : Gaufré ?

Arnaud Devos : Une où tu avais fait "Arrf".

Dominique A : Non non non justement c'était après.

Arnaud Devos : Et "Pendant que les enfants jouent" ça n'allait pas du tout.

Dominique A : Oui il y a deux chansons qui n'allaient pas, et trois autres je ne savais pas trop.

Arnaud Devos : Et "Revenir au monde" aussi.

Dominique A : Oui il y avait "Les enfants" et "Revenir" mais il y avait déjà des bases de "Elle parle à des gens" et de "Tout sera comme avant" qui sont les bases du morceaux et sur lesquels j'étais déstabilisé au début, en plus j'arrivais vraiment genre "Bon allez je suis très ouvert" (rires).

Arnaud Devos : C'est vrai !

Dominique A : Non mais c'est vrai mais en fait je me suis retrouvé à me dire "merde ah, c'est ça d'être ouvert ?" (rires) "C'est dur !"

Yvan : Et c'était par rapport à quoi ? des instruments utilisés ... ?

Dominique A : Non non, plus la façon, par exemple "Tout sera comme avant" quelque soit l'arrangement je le voyais comme un truc qui traçait tout droit et puis là en fait il y avait un truc très assis dans la partie rythmique et qui donnait une impression de ralentissement mais en fait c'est pas le cas puisque après il y a toute l'orchestration derrière qui galope et il y a la guitare qui marque le truc mais sur le moment je me disais "Ah putain" et je ne savais pas. Je refusais à chaque fois de partir avec des cd-r pour écouter chez moi et savoir ce que j'en pensais parce que je me disais je vais gamberger je vais freiner le truc et puis on a discuté aussi ...

Arnaud Devos : Ah oui oui c'était très ouvert ...

Jean-Louis Solans : Il y a eu pas mal d'aller et retours ...

Dominique A : Mais en fait je dirais qu'au bout de 3 - 4 fois, après ça roulais.

Arnaud Devos : On était sur la même longueur d'onde on était en train de fabriquer la même chose.

Dominique A : Il y a les éoliennes qui nous ont donné du mal jusqu'à la fin. Mais en fait c'est "Dobranoc" qui m'a fait me dire ... c'était un peu un espèce de fantasme d'orchestration donc je me suis dis "oh la la c'est super" et ça m'a fait me dire "faut s'accrocher" y compris sur les trucs où je sais pas encore, c'est difficile d'avoir un avis.

Arnaud Devos : C'est vrai on se connaissait pas du tout, toi tu arrivais, tu écoutais un truc comme ça Paf ! et puis ensuite tu voulais repartir avec rien, tu étais obligé de te fier à ce que tu sentais comme ça.

Dominique A : Et c'est une bonne approche en fait je crois.

Yvan : Et pour GEKKO est ce que vous vous êtes un peu "limités" ou est ce que vous êtes vraiment partis sur ce que vous vouliez faire ?

Jean Lamoote : Je pense que l'on ne peut pas travailler si on ne peut pas faire comme ça.

Yvan : Mais par rapport à des directions de Dominique qui aurait pu dire oui mais là ... ?

Jean Lamoote : Qu'il y ait des directions, des discussions des choses en amont il n'y a pas de problème mais après ...

Yvan : Vous proposez ...

Jean Lamoote : Oui c'est ça.

Dominique A : Le seul truc que je disais, enfin je crois me souvenir, c'était de vous encourager à la dissonance aux trucs un peu barrés de ne pas avoir peur justement de se laisser aller.

Jean-Louis Solans : Ca si tu veux on s'était mis d'accord la dessus avec Dominique. Dominique nous a dit "voilà mes maquettes, moi je vous donne les clés de la maison" c'est ses propres mots. Bon c'est sur que, nous c'est ça qui nous a séduits, c'est pouvoir se dire "C'est quelqu'un qui a envie que l'on s'investisse qu'on fasse des trucs que l'on ne fasse pas juste le formatage de ses chansons' pour nous c'était super motivant et pour Dominique qui n'avait jamais fait ça peut être ?

Dominique A : Non non.

Jean-Louis Solans : Enfin qui a fait beaucoup de choses lui-même dans son parcours, ça a pas du être facile à certains moments de se demander où ça se barrait est ce qu'il se retrouvait toujours là dedans, est ce que c'était toujours lui. J'imagine que ça a pas du être évident.

Dominique A : C'est surtout le fait de ne rien écouter de partir avec rien mais bon en même temps en se disant que si tu parts avec quelque chose tu va freiner des deux fers parce que tu va retomber dans tes trucs à toi. Et moi mon truc c'était de laisser GEKKO s'investir et puis après, de revenir en dernier lieu et reprendre un peu possession des lieux. L'image que j'ai c'est : Tu laisse tes clés à quelqu'un et tu revient le mobilier est changé ils ont repeint les murs et tout et tu dois ré-apprendre à vivre la dedans. Pour moi c'est le truc le plus juste de l'enregistrement et en même temps au bout d'un moment t'es bien content de vivre dans ces nouveaux trucs mais ça demande du temps.

Yvan : Et par rapport à l'imprudence tu n'avais pas peur que ça soit trop proche ou que l'on ait l'impression que ça soit plus vraiment ton album ?

Dominique A : Non, Jean-Louis n'avait pas bossé sur l'imprudence et c'est des chansons sur lesquelles il n'y a pas ce truc de parlé-chanté, je ne me disais pas on va étirer les chansons jusqu' à n'en faire qu'une seule, ça me fait ça en fait l'Imprudence, c'est un peu comme un concept album. Et en plus sur l'Imprudence il y a beaucoup de gens qui ont travaillé, bon là il y a Martin et Simon mais il y a aussi en arrangeur Ludovic Bource et Mobile in Motion. Et puis je sais pas, de part la teneur des chansons je me disais bon on est loin du compte.

Arnaud Devos : Il y a des directions quand même qui sont un petit peu induite par un texte, par une mélodie, par une atmosphère, par une personnalité aussi enfin pas aussi d'abord je crois.

Dominique A : Ouais, non j'avais pas peur de ça en fait. C'était pas pour retrouver ce son là, c'était plus pour être dans une méthode de travail qui s'en rapproche et développer un truc propre. Et au départ c'était de bosser avec des francophones ... comme Simon et Martin (rires), pour communiquer facilement en fait.

Yvan : C'est pas par rapport à la reprise de Léo Ferré ? parfois on a l'impression que tu as envie d'aller plus vers un certain type de chanson classique.

Dominique A : C'est par période en fait, là il y avait surtout une volonté de l'orchestration classique mêlée à d'autres choses Et puis il y a un truc qui est induit par ... c'est les chansons elle même tu as un moment c'est écrit et puis tu vois un peu dans quel sens vont les chansons et ça c'est pas un truc que je freine que je contrôle je me rend compte au fur et a mesure que l'on est dans un registre où ça serait bien qu'il y ait un truc assez ample derrière ou que ça soit assez percussif mais sur le moment je suis pas en train de me dire tiens je vais faire des chansons genre pour faire un truc comme ça, ce qui est sûr c'est que je voulais rompre avec un truc de sécheresse de rugueux qu'il y a un peu dans "Auguri" notamment, de très ramassés. Je fonctionne aussi sur des envies c'est un balancier, tu vois c'est vrai que là ça me donne vraiment envie de continuer avec des orchestrations en tout cas en studio; continuer un travail assez dense sur les chansons, mais je peux pas dire à l'heure d'aujourd'hui bon voilà c'est parti ... peut être que dans 6 mois j'aurai envie de faire une guitare avec un banjo et une voix, ça m'étonnerait mais ...


Yvan : Il y a un autre coté dans l'album qui est un peu électronique notamment sur la fin et les titres bonus, c'était une proposition ? une demande ?

Dominique A : Ca c'est jean qui a fait ça sur les instrus en fait.

Jean Lamoote : Tout ce qui est électronique en fait c'est du naturel bidouillé, soit ralenti soit traité.

Jean-Louis Solans : C'est que des trucs qui sont issus des séances de l'album.

Jean Lamoote : C'est que de la matière acoustique vraiment enregistrée. Electronique ça me fait bizarre que l'on me dise ça en fait, pour moi c'est pas électronique, c'est plus organique que électronique.

Dominique A : Oui, mais même dans les chansons, il y a beaucoup de base électronique mais qui sont des couches derrière.

Jean Lamoote : C'est vrai c'est vrai.

Dominique A : Donc ça ressort quand tu en fais des versions instrumentales, c'est vrai que moi non plus je ne le ressent pas comme un truc électro mais c'est vrai qu'il y en a déjà pas mal au départ moins à la fin parce que il y avait Simon et Martin et que l'on a refait vachement de trucs qui étaient sur machine ou avec des sons re-joués ...

Jean lamoote : Oui et puis tant que l'on n'avait pas enregistré l'orchestre on ne pouvait pas se rendre compte vraiment de l'ampleur que ça aurait, enfin si Arnaud ...

Arnaud Devos : Oui je savais.

Jean Lamoote : Mais pour nous c'est vrai que c'est toujours dur d'imaginer comment ça va être, ne serait ce que si la pièce est grande ou petite ça change les choses.

Arnaud Devos : Si l'orchestre est bon ou pas ... on a eu beaucoup de chance parce qu'ils sont vachement bons, Sofia c'est vraiment un très haut niveau, donc ça aussi c'était un petit peu une angoisse de savoir comment aller sonner ce que l'on avait écrit.

Yvan : Vous disiez que vous n'aviez pas écouté les précédents albums et pourtant il y a des titres que l'on pourrait retrouver sur Remué, c'est dû à des directions qu'a données Dominique ?
 

Jean-Louis Solans : C'est sûrement dû aux compos de Dominique.

Dominique A : C'est marrant parce que il y a vraiment un morceau, c'est le "Départ des ombres" c'est assez proche de Remué.

Yvan : "Bowling" aussi dans la rythmique.

Dominique A : Tu vois là dessus je ne suis pas du tout intervenu, sincèrement.

Yvan : C'est vraiment étonnant.

Dominique A : Surtout sur "Le départ des ombres", quand je voyais les arrangements je me disais "Putain c'est fou quoi" alors que je ne donnais aucune direction.

Yvan : Est ce que vous avez une façon de travailler différente en fonction de l'écriture ? est ce que vous travaillez sur le sens des paroles des chansons ?

Arnaud Devos : ah oui, c'est la première chose que l'on essaye d'analyser, enfin d'analyser c'est beaucoup dire (rires), enfin on s'en imprègne. C'est déterminant pour la couleur, l'atmosphère.

Arnaud Devos : L'atmosphère dégagée par le texte ou la mélodie ça t'emmène vers quelque part.

Yvan : Ce qui peut un peu expliquer "Bowling", "La retraite à Miami" " Inuktitut " qui sont vraiment ...

Arnaud Devos : Des choses très différentes, oui c'est ça, et puis en plus à l'intérieur d'un même morceau on peut aller d'une chose à l'autre, on peut avoir envie de souligner quelque chose ou au contraire d'être complètement en contre pied, ça c'est vraiment par rapport au texte et à la mélodie, à mon sens c'est indissociable.

Dominique A : Il y avait des fois je me souviens quand vous me faisiez écouter, il y avait des moments qui soulignaient tels passages ou alors des moments qui étaient bien et qui auraient pu souligner un autre passage et ça sans arrêt et je me suis rendu compte que plein de fois, je vous ai dis "tiens là ça c'est bien" sur tel moment sur tel mot et en fait, plus ça avançait, je me trompe peut être, mais j'avais l'impression qu'on était de plus en plus dans un truc des fois- pas tout le temps- d'illustration de certaines phrases et ça c'était vachement bien en fait. Le coté il y a une histoire et tu soulignes certains effets, par rapport aux mots, alors soit c'était un truc que Jean-Louis et Arnaud avaient fait en connaissance de cause, soit c'était un hasard, je sais plus il y avait une histoire de break sur "Tout Sera Comme Avant" ... je crois que ça, ça enrichit vachement les chansons, surtout quand les arrangements sont si évolutifs.

Arnaud Devos : C'est vrai que c'est aussi quelque chose que nous on aime bien, ce côté cinématographique, paysages sonores qui passent d'un truc à l'autre où on peut imaginer plaquer des images ou se raconter une histoire, depuis toujours on a été passionnés par ça, toutes nos musiques, en général si on peut trouver un fil rouge à travers ce que l'on fait c'est un peu ça.

Yvan : Et pour cet album c'était quoi le fil rouge ?

Arnaud Devos : C'est ça, pour chaque titre essayer d'imaginer comme une musique de film à la limite, c'est à dire, enfin c'est un peu exagéré, en tout cas de typer énormément comme au cinéma on peut typer une scène même si on voit rien avec des klaxons de bagnole alors que ça se passe à l'intérieur, on entend plein de circulation derrière, bon bah on se dit : on est dans une ville surpeuplée et il est 6 heures du soir (ndlr : interview réalisée à Paris vers 18h00 et en prêtant l'oreille vous entendrez les klaxons...) et c'est le merdier, et c'est un peu ce genre de démarche- transposé en musique- que l'on peut avoir.


Yvan : Sur la façon d'enregistrer la voix et la production de la voix, c'est particulier pour cet album, par rapport à ce que tu as fait avant ...

Arnaud Devos : Ca c'est off ...

Dominique A : Je ne me rends pas bien compte.

Yvan : Sur certains titres, pas sur tous, on a l'impression qu'elle est plus claire, plus en avant.

Dominique A : Je ne sais pas, hormis le côté technique de la chose, sur laquelle je pourrais pas te dire grand chose, c'est sur la méthode que en fait c'est un peu différent. En fait on a fait beaucoup de voix, sans casque donc peu être que ça fait un truc diffèrent.

Jean Lamoote : Peut être que c'est plus naturel, le fait que Dominique ... enfin contrôle une dynamique naturelle et non pas un son amplifié par un casque, avec des reverbes qui vont peut être le pousser soit à accentuer différemment soit des syllabes ou des fins de phrases ou des attaques.

Dominique A : Des intentions, oui, donc ça change peut être les choses.

Jean Lamoote : Là on ajustait les baffles ou niveau sonore le moins fort possible en fait pour qu'il y ait le moins de reprise possible techniquement, et à partir de là je pense que Dominique c'est comme si tu chantais pas fort devant ton poste de radio à un moment donné tu crées toi même ta balance et tu arrives dans un truc plus naturel que quand tu es très fort.

Dominique A : Les voix c'est très dur pour moi, sur un disque je les entends bien après les avoir faites ... c'est dans 6 mois que je vais avoir un jugement sur les voix, et donc je peux pas attendre de savoir ce que j'en pense pour le sortir mais souvent avec les voix je suis vachement surpris en ré-écoutant bien après- enfin quelques mois- je me dis "oh putain c'est étrange" ou "c'est vachement bien" là je peux pas te dire je ne suis pas du tout objectif sur ça.

Jean Lamoote : En tout cas il y avait une vraie différence quand on les faisait au casque et quand on les faisait comme ça.

Dominique A : Au casque c'était bizarre elles étaient beaucoup plus retenues encore, il y a quelques chansons qui ont été faites au casque qui étaient bien d'ailleurs.

Jean Lamoote : "Bowling" par exemple.

Dominique A : "Bowling", "La retraite", "Elle parle à des gens".

Jean Lamoote : La majorité ça a été fait comme ça, sans casque.

Yvan : Vous avez d'abord enregistré la partie instrumentale et ensuite les voix?

Jean Lamoote : On a d'abord enregistré les voix ensuite la partie instrumentale sur les voix puis refait les voix.

Yvan : Il y a des prises de voix qui ont été gardées ?

Dominique A : La toute première "Le départ des ombres", c'est la démo en fait.

Jean Lamoote : C'est la première fois que Dominique la chantait en studio.

Dominique A : Oui, je l'avais répétée 2 jours chez moi juste avant.

Jean Lamoote : Une chanson toute fraîche.

Dominique A : Je la soumettais à Arnaud et Jean-Louis et je me disais tiens la chanson est pas mal, je voudrais savoir se qu'ils en pensent.

Arnaud Devos : Ca a été vite fait.

Dominique A : On avait écouté pas mal de trucs, moi je devais me barrer comme d'habitude et à 5 heures moins dix, je devais me barrer à 5 heures et "au fait la chanson, ah oui oui, merde la chanson, bon bah enregistrons la, comme ça ..."

Arnaud Devos : ... on l'aura dans un coin.

Yvan : Celle ci s'est faite rapidement, Il y a d'autres chansons qui ont été difficiles à enregistrer ?

Arnaud Devos : Le sentiment général, ça c'est passé dans le bonheur.

Dominique A : A part "Les éoliennes", mais même ...

Arnaud Devos : Oui, ce que je veux dire c'est que on a eu un doute dessus mais c'était sur la forme.

Jean-Louis Solans : Trop rock trop banal.

Dominique A : J'étais pas à l'aise dessus, la version démo était pas mal, elle avait un côté garage vraiment marrant et puis au fur et à mesure ça s'est perdu parce que l'on est rentré dans un truc de rythmique plus carré plus conventionnel et je voyais se ramener la pâture pour maison de disque genre "ah ouais ça c'est un single" que tu assumes pas mais que tu vas devoir défendre parce que c'est le machin le plus évident et tout ça fait que de moi même j'ai eu un mouvement de recul et du coup ça devait être la dernière séance si je puis dire et on a tenté une version complètement différente et c'est la version qui est sur le disque.

Jean-Louis Solans : Et ça n'a pas été du tout douloureux on avait mûri que ça n'allait pas.

Dominique A : Après ça a été un bonheur à faire.

Yvan : GEKKO c'est trois personnes plus l'avis de Dominique, il n'y a pas eu des cas ou quelqu'un disait moi j'ai raison ...

Arnaud Devos : Quand il y a des avis différents on est à l'écoute si la personne à raison ça fait l'unanimité.

Dominique A : En plus, là il y avait Simon et Martin donc ça fait plus collectif de cinq + un, et là les dissensions il n'y en a pas parce que tout le monde s'aperçoit de ce qui marche ou pas, éventuellement il y a quelqu'un qui a une idée sur ça ou ça mais sur la globalité du morceau, en général, si tout le monde est embarqué y a pas de doute.

Arnaud Devos : Et puis c'est vrai qu'il y a eu une belle rencontre depuis pas mal de temps avec Martin et Simon qui fait que sans parler d'osmose et prendre des grand mots, nous on apprécie énormément de travailler avec eux et sans se vanter c'est extrêmement réciproque, c'est une chose qui va perdurer et que l'on va développer, on s'entend très bien tous les cinq et ça se passe très bien.

Yvan : Le dernier couché à été retiré de l'album.

Dominique A : Il est venu trop tard (rires).

Yvan : C'est pas parce que justement il y avait quelque chose d'insatisfaisant pour toi pour que tu n'ais plus envie de mettre ce morceau là ?

Dominique A : Bah en fait je sentais personne de vraiment inspiré sur la version, moi le premier, ce morceau là on l'a fait à la fin, c'est moi qui ai un peu poussé pour le faire par rapport au bouquin où quelqu'un avait écrit, moi je me suis usé sur ce morceau, c'est le genre de truc qu'il faut pas traîner trop longtemps, et là c'est vrai que pour l'avoir joué mille fois en concert ... et puis on avait déjà beaucoup beaucoup de morceaux et il est arrivé un peu trop tard, on n'avait plus trop de jus dessus donc on a fait un truc ... que j'aime bien finalement mais c'est vrai que pour moi c'est peut être pas assez abouti pour mettre sur l'album dans la mesure où les chansons sont très abouties, ça dénotait et quinze chansons c'est déjà pas mal ...

Jean-Louis Solans : Seize c'est trop (rires).

Arnaud Devos : Et on a failli en enlever une.

Dominique A : Et on a bien fait de pas l'enlever parce que moi j'en entends vachement parler, je te jure c'est incroyable, c'est l'une de celle dont j'entends le plus parler.

Arnaud Devos : C'est frappant aussi faut dire.

Dominique A : C'est le fils d'un enfant, on a faillit la retirer et puis en fait un jour on l'a ré-écouté et on s'est dit "oh bah non ..."

Yvan : Qui est très différente aussi de celle que l'on avait connu en concert.

Dominique A : Oui, ça c'était très parlé et c'était pas les même accords.

Yvan : Justement sur le travail à partir des démos ...

Dominique A : Elle était chantée, parce que les accords ne sont pas les même, en fait c'était en cours de route c'est un morceau qui aurait été sacrifié si à la base je ne l'avais pas retravaillé sur la structure, C'est le genre de truc si tu la joue trop en concert au bout d'un moment je me désolidarise j'ai plus envie de l'enregistrer au lieu de justement lui donner encore plus de corps. Le fait de la travailler en concert, j'ai l'impression d'avoir déjà fait et là j'ai plus de fraîcheur.

Yvan : Sur les vingt minutes à la fin de l'album ?

Dominique A : Ca c'est de l'anti copy-control.

Yvan : C'est quelque chose que vous avez travaillé de manière particulière ou bien c'était fait rapidement ?

Dominique A : C'est Jean qui a fait ça en deux nuits je crois.

Arnaud Devos : Oui, c'est ça on a mis des éléments petit à petit il fallait tenir vingt minutes, c'était un peu un challenge.

Jean-Louis Solans : Il n'y avait pas de volonté de se lancer dans un morceau de vingt minutes super orchestré.

Dominique A : C'est simplement éviter le copy-control, et pour moi l'album, il s'arrête à 58,30 on va dire, et pour les gens qui veulent écouter c'est pas désagréable mais si tu veux ça n'aurait pas été si il n'y avait pas eu cette histoire de copy control, c'est dingue d'en arriver là mais c'est une satisfaction aujourd'hui d'avoir le disque et de se dire "ah y a pas de copy control" parce que chez EMI maintenant si tu remplis pas ton disque tu as le copy control, d'office, t'a rien demandé mais tu l'as. C'est vrai que quand tu le reçois je me suis dis ça "ah pas de copy control" parce que la tu fous un truc de 20 minutes et puis tu te retrouve avec le control.

Arnaud Devos : Dur..

Dominique A : Oui mais je me demandais, dans quelle mesure ...

Jean-Louis Solans : Ca a marché.


Yvan : Après un album comme ça, production très riche, très ample, tu abordes comment le fait de jouer les morceaux sur scène ?

Dominique A : Dans l'incohérence totale, pour l'instant je suis en solo, parce que j'ai accepté des dates pour marquer le coup et je pars du principe aussi que je ne vais pas jouer seulement des morceaux du disque, qu'un concert ça n'a jamais été pour moi des trucs de promotion. De toute façon c'est complètement incohérent de jouer aujourd'hui en solo par rapport au disque, mais je ne fais pas de tournée aussi par rapport à ça, ça c'est juste des dates isolées, il y en a 4 - 5, je vais tourner beaucoup en Espagne, et en Allemagne et là c'est vrai que je ne peux pas tourner autrement qu'en solo actuellement à part en Espagne. Donc il y aura une tournée en automne...

Yvan : Tu réfléchis en fait.

Dominique A : Oui vachement, comment reproduire certaines chansons ...

Yvan : Et là du coup ça se fait sans GEKKO.

Dominique A : Quoi ?

Yvan : Ta réflexion.

Dominique A : Par rapport à la scène, je sais pas on en a pas parlé. En fait ma réflexion ça a été à un moment donné de me dire, comme j'avais délégué vraiment les chansons, de les reprendre vraiment en main, c'est pour ça, faire du solo c'est pas plus mal dans un premier temps même si ça peut paraître complètement incohérent ça je suis d'accord. Mais j'ai vu en les retravaillant en les reprenant c'était plus du tout la même approche que quand je vous les avaient amenées comme ça. Enfin, disons que c'est pas du tout la même approche, la façon de jouer c'est la même, mais je me sentais un peu paumé quoi, et c'est bien de les reprendre en main, c'est pas évident ... je crois que c'est nécessaire pour moi pour l'instant.

Yvan : Pour un prochain album tu penses collaborer de nouveau avec GEKKO ?

Dominique A : J'en sais rien., jusqu'à présent j'ai fais chaque disque dans des contextes différents avec des méthodes différentes et j'aime bien cette idée là en fait donc je peux pas dire aujourd'hui je vais retravailler avec Arnaud, Jean et Jean-Louis la prochaine fois alors que j'ai toujours fais le contraire indépendamment du résultat et à fortiori quand ça se passe bien dans ma tête je me dis refaire ...

Arnaud Devos : Refaire et recommencer couick.

Dominique A : Après c'est un fonctionnement de groupe pourquoi pas il y a des fois des collaborations qui s'affinent qui deviennent plus fortes parce que les gens font plusieurs projets sur plusieurs années. Pour l'instant le disque a été fini début janvier, c'est tout neuf, je suis pas du tout sur un autre disque, j'ai pas deux phrases de texte écrites, j'y verrai plus clair quand j'aurais commencé à travailler sur des morceaux et c'est pas demain la veille ...

 

Double actualité en 2018 pour Dominique A avec la sortie le 9 mars de Toute Latitude (enregistré en groupe), suivi… https://t.co/yDLXhmjieX
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