|
Page 1 sur 3
Elles sont deux à me poursuivre ces temps-ci, deux chansons aussi
dissemblables que possible, encore qu'en y regardant de plus près, on
leur trouverait sans doute quelques accointances, j'en suis sûr.
La première est une chanson de variété enjouée et triste, qui doit
probablement beaucoup aux comédies musicales de Jacques Demy (je me
rappelle mon incrédulité en regardant " Les parapluies de Cherbourg" et
en réalisant que ça allait tout le temps être "comme ça"), et plus
encore à "Porqué te vas ?"; elle s'intitule "Douze ans", douzième titre sur le premier album de Pascale Borel,
jadis chanteuse de Mikado, "Oserai-je t'aimer ?". C'est un dialogue
mère-fille, sur le passage de l'enfance à l'adolescence, et en dépit de
son aspect guilleret, cette chanson n'est pas loin de mettre mes
glandes lacrymales à contribution à chaque écoute, toujours au même
moment, à la toute fin, quand la jeune fille déclare"vouloir quitter
l'enfance, sans vivre l'adolescence, en passant par dessus", et que sa
mère lui répond: "Et comment feras-tu ?". Pour ce "Et comment feras-tu
?" et le coup de cloche qui s'ensuit, ces quelques secondes parfaites,
le retour aux affaires de Madame Borel se justifie amplement; d'autant
que si tout n'est pas aussi réussi, elle est une des rares interprètes
dont le sourire dans la voix est agréable à entendre, il ne fonctionne
pas sur une basse entreprise de séduction à tout crin, mais semble
être la marque vraie d'un tempérament quelques autres moments de
bonheur émaillent ainsi son disque, comme le très bourvilien "Si
j'étais une vache", ou le très distrayant duo d'ouverture entre une
ingénue et son entreprenant amant italien, qui sonne très Katerine
période "Education anglaise" (Katerine,
soit dit en passant, dont le prochain disque à venir en Octobre n'est
pas une mince affaire: total no limit, version électro-clash de
"L'homme à 3 mains", entre Peaches, Brigitte Fontaine et Patrick Juvet;
je l'ai fait écouter à Yann Tiersen et Miossec, c'était la complète
euphorie, ça nous a fait toute la soirée ).
La deuxième chanson, on y vient, s'appelle "Right where it belongs" et elle est signée Trent Reznor. L'album de Nine Inch Nails
est très bon, dans le registre métal new wave, entre Nirvana et Killing
Joke, oui-da j'adore ça, et même le single, putassier de prime abord,
me met en joie. Mais ce n'est pas de ce dernier dont il s'agit mais, là
encore, d'un morceau en bout de parcours ( peut être pourrait-on juger
de la valeur des disques en fonction de la qualité de leurs derniers
titres, oui, pourquoi pas prendre ça comme critère ?), une
quasi-ballade , pas le genre que je préfère chez lui, ça peut virer
vite ouin ouin moi le pauvre petit métaleux riche et seul, mais pas là,
c'est juste très juste, très prenant, un drôle de croisement entre
Depeche Mode pour la mélodie et Yann Tiersen pour l'accompagnement
piano, et ça agit comme un baume après la belle chaudronnerie qui la
précède.
Pour ceux que les lignes précédentes laisseraient perplexes quant à la
sincérité de mes engouements musicaux, les cuistres, et attendraient un
peu plus d'orthodoxie indie-pop de ma part, qu'ils se rassurent, j'ai
aussi ça en rayon, bien qu'ils ne le méritent pas. Par hasard, sur la
foi d'une pochette champêtre en noir et blanc (c'est dangereux, je
sais, et rarement payant), un sentier asséché en forêt au bout duquel
une mince silhouette se profile, j'ai acquis une jolie chose intitulée "Songs of Living and Dying", vaste programme, par Marissa Nadler.
Cette jeune demoiselle y joue un folk qu'on dirait sans âge, et ce
serait faux puisqu'il est psychédélique, donnons lui donc une
quarantaine d'années et déduisons en qu'elle n'a pas l'âge de la
musique qu'elle chante, ce qui est tout à son honneur, c'est parfois
beau de la vieille musique jouée par des jeunes, parfois. Les mélodies
me font penser à Opal, le groupe de David Roback avec Kendra Smith, et
la voix évoque elle irrésistiblement, tiens donc, celle d'Hope
Sandoval, une Hope Sandoval qui aurait appris l'humilité, et dieu sait
que la route est longue. C'est sans grande conséquence, mais on s'y
attache, vite et fort.
Mon copain Brusson m'a remis un disque qu'il a mixé d'un groupe
apparemment très actif et autonome (très bien d'être actif et autonome
par les temps qui courent), Myguk, qui joue une sorte
de post rock lyrique, avec de belles trouvailles mélodiques, sonores,
et une science consommée de la montagne russe. Ils ont un site, www.myguk.com , où vous pourrez probablement entendre des extraits de leurs "Volatiles, ombres et autres formes".
|