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Angers, le Chabada, jeudi 12 octobre (450 personnes
environ) :
Trois jours de répétitions, à l’arrache,
comme d’habitude, remise en jambe, débroussaillage
de « nouveaux » morceaux, et Dom Brusson me
dit que c’est n’importe quoi, de se donner
si peu de temps, que c’est un miracle que ça
tienne, et nous y revoilà, tous les cinq sur scène,
après des Mansfield Tya très en forme ;
nous, c’est un peu laborieux, ankylosé, je
prends à un moment donné une des cannes
du décor pour mon pied de micro, et le public angevin,
fidèle à sa réputation, reste sur
sa réserve, mais ça va, c’était
bien de reprendre ici, accueillis comme des coqs en pâte,
et puis j’aimais bien ma petite chambre d’hôtel
dans le centre, ça compte, ça, quand pas
chez soi. Olivier nous annonce qu’il pourra jouer
avec nous cet hiver aussi, gros soulagement, au vu de
ses innombrables projets, c’était en suspens,
et je ne me voyais pas me lancer en quête d’un
Mellano bis. Dom Brusson et moi fêtons nos anniversaires
respectifs, et nos dix ans de frasques communes, dans
un resto perdu dans la campagne, au coin du feu, l’ambiancedouce
dans la soirée qui s’embrume au rythme des
bouteilles alignées.

Poitiers, la Blaiserie, vendredi 13 octobre
(350 personnes environ) :
Bande son dans le camion : « Bring me the
workhorse » de My
Brightest Diamond, quelle voix, Jésus, Marie,
Joseph, et quelles chansons, çà et là.
La Blaiserie est en banlieue, première d’une
longue série, et l’hôtel aussi. Je
crois bien que Poitiers est une des villes que je connais
le moins, en dépit de six passages depuis 93. Hors
la ville, les saltimbanques, au ban, au ban (la ban-lieue,
ça dit bien ce que ça veut dire) ! Affluence
pas démente vu la profondeur de la salle, mais
au moins, on aura réussi à éviter
les chaises en plastique qui auraient bien plombé
l’ambiance, et premier vrai concert, tout en souplesse.
Si, si, c’est si bon d’être un peu fier,
c’est pas tous les jours fête à ce
niveau là.

Saint Avé, samedi 14 Avril (250 personnes
environ) :
Alentours de Vannes, petit bourg verdoyant. Bon centre
culturel, bon son. 250 pèlerins dans une salle
de 700, ça sent la fosse vide, et l’ambiance
tristos, j’ai des souvenirs de concerts mitigés
par ici. Eh bien, tu te trompes, camarade : les gens sont
à bloc, attentifs quand on joue sur des patins,
réactifs quand on met la gomme. Ils nous portent
: un public de rêve. Vincent Guérin, qui
habite dans les parages, est venu nous voir. Ça
me fait plaisir. Finances obligent, il m’avait fallu
lui expliquer que je ne pouvais pas faire appel à
tous les musiciens du disque pour la tournée, et
que je préférais privilégier le doublon
instruments à vent/guitares plus claviers. Il n’y
a pas de rancœur, apparemment.

Brest, le Vauban, jeudi 19 octobre (550 à
600 personnes) :
Dans le train pour Brest, bande son : Thomas
Dybdhal, très beau, très sophistiqué,
mais comme trop classe pour être honnête,
peut être (l’effet Stark ?). J’embraye
avec le « Lullaby for a liquid pig », l’avant
dernier de Lisa
Germano, un rien moins systématique dans le
chant mourant que le dernier. Arrivée à
Brest. Toujours aussi heureux de jouer au Vauban, incroyable
hôtel-resto-bar-cabaret, ouvert depuis 50 ans, une
histoire pas possible, des fantômes partout dans
ses couloirs à grosse moquette, chambres joliment
vieillottes, possiblement le plus beau club de France.
250 concerts par an, tenu par un stakhanoviste prénommé
Charles, un furieux qui a repris l’affaire de ses
parents qui, jadis, ne voyaient pas toujours d’un
bon œil les choix musicaux du fiston, d’où
des scènes d’engueulade en public mémorables,
la caisse enregistreuse jouant les DC8... Ferré
a joué là, Bourvil aussi, les Boo Radleys…
tout ça consigné sur le même livre
d’or. Sur scène, le son est crapoteux, mais
bon, c’est gavé, et les gens bien remontés
(mais pas trop remontés, comme parfois ici, ça
part vite en vrille, Miossec ne vient pas de là
pour rien). Après concert rigolo, en dépit
d’un fort pourcentage de « Oh merde »
dans le périmètre (un « oh merde »,
dans notre jargon de tournée, est une personne
généralement ivre qui se propose de vous
tenir la grappe pour vous parler d’elle ou pour
vous agresser verbalement), dont un vague sosie de Lou
Barlow, qui en dépit d’humiliations répétées
de notre impitoyable part, revient inlassablement à
la charge, finalement assez marrant. C’est Brest.
Et pour peu qu’on soit en forme, ça vaut
le détour.
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