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| Cyrz,
un morceau de son avenir : ça a l’air de
pas grand-chose au départ, un autre de ses sussureurs,
un nouveau chanteur français avec du doux amer
plein la besace. Et de fait, c’est un peu ça,
sauf que musicalement, c’est très bien
troussé, dans le genre folk américain
mâtiné de Boogaerts, et qu’on sent
une vraie fêlure, qu’il ne surjoue pas,
mais qu’il ne sacrifie pas non plus à du
second degré. Finalement, il est aimable sans
chercher à l’être, ni sans chercher
à être désagréable. C’est
quelqu’un qui a l’air de ne pas se chercher
du tout, en fait, qui a l’air d’être
celui qu’il est, depuis toujours. Et si c’est
beau d’entendre Armelle d’Holden chanter
« Je ne suis pas ce que je suis », ça
l’est tout autant d’entendre chez Cyrz,
sans qu’il le chante, précisément
le contraire. |
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Yvan, merci. Pour m’avoir, un soir de 1er Juillet,
en terrasse d’un café de Bercy, alors que
je m’apprêtais à assister au temporaire
sacre des bleus contre les jaunes et verts en compagnie
d’une palanquée de bourrins (« Henry,
rent’ chez toi ! »; deux neurones, pas plus),
chaudement recommandé « Derdang derdang
» d’Archie
Bronson Outfit. Tu avais raison, même si tu
ne me l’as pas présenté comme ça,
c’est une tuerie. Le seul disque de rock’n
roll qui donne encore envie d’y croire à
quelqu’un qui n’en a par ailleurs pas grand-chose
à foutre (du rock’n roll). 38 minutes durant,
une musique de ploucs touchés par la grâce,
petits enfants dégénérés
du Creedence Clearwater Revival, neveux du Gun Club,
Spacemen 3 ayant laissé tomber les acides, ou,
enfin, sorte de Quickspace concis (feu Quickspace, eux
aussi en leur temps chez Domino, qui n’en finit
plus de décrocher le pompon), et qui en parfaits
innocents ne savent pas encore que le miracle ne se
reproduira pas. Et c’est avec des comme eux qu’on
s’intéressera encore au truc, et pas avec
des Kaisers Chiefs, ni des Franz Ferdinand, ni des Flaming
Lips (les Flaming Lips, mon dieu…quel PLAISIR
à écouter ça ?). |
Il y a 25 ans, les anglais d’Eyeless
in Gaza faisait de la new wave liturgique avec une
voix d’enfant de chœur inquiet (et dire que
Martyn Bates a joué dans une église à
deux pas de chez moi, et putain, j’y étais
pas, occupé que j’étais à
taquiner la baleine à Tadoussac, Québec,
sous la pluie … pas mal aussi, cela dit), et qui
cherchait son dieu. David Eugene Edwards, ex 16 Horsepower,
lui, ne cherche plus : il ne parle que de Lui, ne célèbre
que Lui sur « Mosaic », le nouveau Woven
Hand, projet solo, et c’est un américain
du nord, alors ça fout vaguement les jetons ;
d’autant qu’avec sa voix, ce n’est
pas avec un enfant de chœur qu’on se dit
qu’on a affaire, mais bien avec un prédicateur,
sur fond de grandes orgues gothiques. Avec Nick
Cave, ça allait, on pouvait penser que c’était
pour le décorum, tous ses trucs bibliques, qu’il
était trop branleur pour renoncer totalement
à sa déglingue et endosser sérieusement
la bure. Là, non. Il y croit, ça s’entend.
Et ce n’est pas toujours plaisant à écouter,
la ferveur.
Plus blues, plus proche de 16 Horsepower, justement,
le dernier Venus,
« The red room ». Il faut insister. Il est
rêche. J’ai failli dire « difficile
». Là encore, beaucoup de ferveur. Mais
infiniment plus gratifiante pour l’oreille, elle
ne vous prend pas en otage. Du bel ouvrage, très.
Et splendide comptine velvetienne en plage 5 (le Velvet
des comptines à la « Sunday morning »). |
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Dans deux jours, je joue à Bénicassim.
Y recroiserai-je le chanteur de The
Secret Society, rencontré à Moscou,
lors de cet improbable festival fin juin, au milieu
d’une cour d’ancienne usine, la scène
montée à la va comme j’te pousse
sous l’orage ? Je lui dirai alors le bien que
je pense de leur « Sad boys dance when no one’s
watching » (Acuarela), joli morceau d’americana
vue d’Espagne, jamais si convaincant, évidemment,
que lorsque c’est chanté en espagnol, surtout
qu’il a une très belle voix. Je congratulerai
Andy, aussi, anglais émigré à Séville,
par amour, qui nous facilita la vie lors d’une
tournée solo d’heureuse mémoire
en Espagne, Andy, qui fût le road manager d’House
of Love du temps de leur splendeur (et me révéla
qu’après dissolution du groupe, Guy Chadwick
ouvrit une fromagerie) et qui, pour son plaisir, épaulé
par les voix de la chanteuse de Ginger Ale et Piano
Magic et du chanteur d’Oslo Telescopic, a réalisé
un disque d’électronica pop chez Green
Ufo’s, sous le nom de « Southern
Acts Society » (décidément,
beaucoup de Society dans l’air, par là
bas) ; ça vaut le coup d’aller chercher
sur la toile, c’est un petit bijou d’électro
insouciante et mélodiquement addictive, si vous
me passez l’expression |
| Je lisais des articles encensant le premier album
d’Abd
Al Malik, «Gibraltar», alors je l’ai
acheté, et j’ai bien fait. On parle de
rencontre entre spoken word, hip hop, jazz et chanson
française et c’est ça, mais comme
c’est réussi, ça dépasse
la somme de ça. C’est, avant tout, un disque
très émouvant, qui serre la gorge à
maintes reprises, quand il vous parle des gosses des
cités comme de « soldats de plomb »,
d’un paralytique qui se « rêve debout
» (sur une belle mélodie de Gérard
Jouannest, assez tiersennienne), ou ose des phrases
comme « vive la France arc en ciel » en
vous donnant envie d’y croire (juste passer outre
les deux derniers morceaux d’amour, au secours).
Sa force tranquille de persuasion me rappelle celle
de Jérôme Minière, ils ont tous
deux la même faculté à ne pas renoncer
à l’utopie par peur de la naïveté.
Il y a un autre nouveau venu, Rocé, un peu dans
cette veine, et je retrouve chez l’un ou chez
l’autre ce que j’aimais tant chez Fabe (où
est il passé ?), la pertinence du propos, jamais
débordée ni par une colère factice,
ni par un angélisme de façade. |
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En parlant de Jérôme
Minière, je l’ai revu récemment
en concert, au pays des baleines de Tadoussac, sous une
tente copieusement arrosée par des cieux vengeurs.
Et c’est toujours aussi bien, mieux même,
puisqu’il a enfin trouvé une formule scénique
qui rend justice à ses chansons. On l’a un
peu oublié par chez nous, loin des yeux…
et il ne faut pas hésiter à revenir sur
son dernier opus, «Chez Herri Kopter », notamment
pour ce morceau, « Un magasin qui n’existe
pas », chanté avec Lhassa, et qui embarque,
avec cette bête phrase toute bête : «
Des nuées d’oiseaux partent vers le sud …et
ça ne coûte rien ». Sens de la formule
intact, un débit et un timbre de voix toujours
aussi personnels et attachants, de la bouteille en sus,
non, vraiment, il ne faut pas oublier Jérôme
Minière. |
En concert, vus aussi, d’un œil un peu plus torve
: Arab
Strap, tête d’affiche du festival à
Moscou, c’est dire, toujours aussi par-dessus la jambe,
la voix bien à côté, charisme de poulpe,
et reprise de Bonnie Tyler en fermeture de bal: tout est bien.
Mogwai,
aux Eurockéennes ; de derrière la scène,
son impressionnant, guitares rouleaux compresseurs ; de devant
la scène, horrible, du saigne oreilles, une aubaine
pour les cabinets d’oto-rhino-laryngologie. A part ça,
bien ce que je pensais : pas de compos, rien que du son, de
l’accord mineur acnéïque sorti des poubelles
de Robert Smith. Après, il y avait Sigur Ros ; on aurait
dit Enigma. Et dieu, quelle vilaine voix.
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Pour en revenir à, et en finir avec nos moutons
discographiques, ces temps derniers, j’ai remis
le nez dans le «High» de The
Blue Nile (2004), et c’est injustifiable,
car franchement, c’est pas possible, ces synthés
Emmaüs, mais je sais pas, ça me touche comme
pas permis ; c’est sa voix de Cock Robin springsteenophile
qui me scie les pattes, comme sur ce « Stand close
to me » final, interminable, immobile, sa syncope
rythmique et ses nappes sur deux accords. Il parait
que Benoît Burello en raffole, et ça ne
me surprend guère. Va, ça suffira à
me faire l’été, ça plus le
Archie Bronson, et le Abd Al Malik. |
Je vous embrasse, sous le chêne.
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