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Aujourd’hui, comme hier, j’ai serré la
main à Dick Rivers. C’était dans un studio,
je ne m’y attendais pas la première fois, j’ai
pivoté à 90 ° en entendant une voix familière
sur ma droite et me suis retrouvé face à lui
; il m’a tendu la main, j’ai dit « Dominique
», il m’a répondu « Bonjour, Dominique
». Aujourd’hui, l’émotion était
moins forte, l’habitude déjà, mais plus
douce ; je lui ai trouvé un air avenant, un sourire
gentiment déconneur. Quelqu’un m’a présenté
à lui sous mon nom de vedette, ça l’a
surpris, il a dit, d’un ton légèrement
sentencieux, une chose du genre « Ah, celui dont toute
la nouvelle chanson française se réclame…
», sans plus me regarder et après deux trois
civilités, s’en est retourné œuvrer
dans son box. Dans la pièce, il y avait Alain Bashung
aussi, j’étais entre eux deux, et je me suis
dit que la prochaine fois qu’on me demanderait «
où je me situe dans la scène française
», je répondrai ça : entre Dick et Alain.

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Une semaine auparavant, j’avais revu à
Paris les adorables Damon
et Naomi, ça faisait quatre ou cinq ans déjà,
depuis le concert commun que nous avions donnés
à Nantes, dans le cadre d’un festival nanto-newyorkais
(bien qu’ils viennent de Boston). Ils m’ont
offert une étrange machine chinoise avec 9 loops
préenregistrées très étranges,
dont l’une ou l’autre ferait une très
belle ouverture de concert, et leur dernier opus en
date « The earth is blue », enregistré
avec le guitariste de cet incroyable groupe hippie nippon,
Ghost (dont les disques de drogués sont diffusés
en Occident par Drag City) ; c’est un très
beau disque, qui gravite encore une fois dans les eaux
d’un psychédélisme folk sous obédience
Velvet, mais avec une fraîcheur mélodique
et une vitalité retrouvées, renvoyant
aux riches heures de leur premier album du début
des années 90.
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Autre bel et bon cadeau : quelqu’un de chez
Saravah, l’historique label de Pierre Barouh,
toujours en activité et toujours vert, toujours
à l’écoute de ce que font les jeunes
chansonniers de ce pays, m’a remis le dernier
album de Le
Coq, un nantais d’adoption. Il y a bien longtemps
de ça, une bonne quinzaine d’années,
purée, ce jeune homme chantait dans un trio vannetais
du nom de Mauvais Sang, assez influencé par R.E.M.,
si je ne m’abuse( et où officiait également
Hervé le Dorlot, qui jouerait après avec,
le monde n’est pas bien grand, Bertrand Betsch).
On s’était rencontrés à un
concert organisé par des vendéens au pied
du château de Gilles de Rais alias Barbe Rouge,
concert où Philippe Katerine, que je rencontrais
également ce soir là, servait des bières
derrière le bar. Ils avaient bien aimé
mon concert, et m‘avaient aimablement invités
à faire leur première partie à
Vannes, où ils jouissaient d’une petite
notoriété. C’était dans un
gymnase, entrée gratuite, un samedi soir face
à 500 bretons en passe d’être bourrés,
une dizaine de jours avant la sortie de « La fossette
» ; dans mon souvenir, ça avait tenu du
bras de fer, on m’en parle encore de temps à
autre quand je vais par là bas. Toujours est
il, pour en revenir à Le Coq, qu’après
la séparation de son combo, il s’est mis
« à son compte », accompagné
notamment de Luc Rambo, un ancien compagnon de route,
et jusqu’alors sa production m’avait laissé
relativement froid, mais qu’il est bon de se laisser
surprendre. Sa « Tête de gondole »
s’ouvre avec un instrumental qui lorgne du côté
de chez David Grubbs et Jim O’Rourke, et se poursuit
avec de bonnes chansons habilement mises en son, par
un gars de Man, notamment, avec un souci du détail
permanent, des arrangements qui tire les compos de l’ornière
nouvelle chanson française sans renoncer à
une certaine concision. Une petite voie originale qui
se dessine en France, pas si fréquent. Il est
loin, le temps du gymnase vannetais…
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