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Ouh là, ça passe, hein, des jours, des mois entiers, et pas une ligne sur le site. Un coup de mou, garçon ? Si peu, si peu. Juste le sentiment de n’avoir JAMAIS autant donné, à droite à gauche, que ces derniers mois, vous l’avez vu, sans doute. Prémisses de geignardise ? Mais non, c’est pour mon bien, toute cette dépense d’énergie, je n’oublie pas, c’est pour mon bien. S’arrêter un peu, c’est pas mal, quand même. Et avant fermeture provisoire du magasin, les stores baissés du mois d’août, et parce que je n’ai pas d’imagination, un coup de rétro sur quelques uns des disques écoutés dans le train (car oui, j’en ai vu défiler, de la voie ferrée, ces temps derniers), avec petit laïus à la clé, ceux dont je n’ai pas parlé çà et là, quand je parlais de moi.

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A commencer par le « Chevrotine » d’
Holden,
que je m’en veux d’oublier de citer quand
on me pose la question du kérosène pour
les oreilles. Alors voilà, oubli réparé,
pour la suavité de l’affaire, la richesse
sensuelle du son, qui confine à la maniaquerie
dans le choix des réverbes, et les sentiers profonds
du songwriting, avec l’inaugural «Ce que
je suis» en point d’orgue, au mystère
durable. C’est beau. |
Scott Walker,
« The drift » : presque amusant à
force d’être « difficile » (l’épithète
favori des crétins). En fait, tout est y est
assez limpide, bien structuré, avec enchaînement
de parties oscillant entre mini- et maxi-malisme, et
science consommée de la dynamique, une anomalie
dans ce royaume de la compression et du son écrabouillé
contre le côté droit du curseur qu’est
la pop music. Oui, pop music, car c’en est encore,
c’est juste que la voix évolue sur pas
d’accords pleins, comme flottant sur des soustractions
d’harmonies. Boursouflures occasionnelles, et
grand guignol gothiquissime récurrent n’empêchent
pas l’objet d’être passionnant, et
tellement à part que c’en est réconfortant.
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Dans le désordre, toujours –mais c’était
tellement le bordel ces temps ci, alors…- : Barbara
Carlotti et ses « Lys brisés »
; j’aime beaucoup sa voix grave, involontairement
hautaine et bien posée, et ses partis pris musicaux
et textuels « à l’ancienne »,
qui ne fleurent ni le renfermé ni le second degré.
Elle m’avait remis son premier disque à
un concert de Jeanne Balibar, je lui avais sorti un
truc pas finaud genre « oh, je peux rien pour
toi », pensant qu’il s’agissait d’une
démo en quête d’un verdict, quand
il s’agissait d’un cadeau. Toujours à
se méfier, quel crétin… |
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J’en ai causé dans Epok, mais devant la
passivité de l’auditoire, je me permets
de remettre le couvert ; le groupe Earth
et son terrible, au sens hugoïen du terme, «
Hex : or printing in the infernal method ». C’est
un duo américain, femme et homme, batteuse et
guitariste, qui joue du drone, genre de métal
slowcore instrumental lentissime, juste avant effondrement
total du tempo. On dirait des versions sans voix et
ralenties du « Buenas tardes, amigo » de
Ween (sur l’album « Chocolate and cheese
», 1994, si je ne m’abuse) : autant dire
une idée du bonheur. Méfiance, encore,
mais pour la bonne cause cette fois: il y apparemment
deux Earth qui font de la musique en ce bas monde. Se
replier sur le rayon métal. Et n’en plus
déloger avant d’en extraire cette pépite.
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| Cadeaux : des productions du label Rude
Awakening, dont j’ignorais l’existence,
donnés après une rencontre sur la place
centrale de La Motte-Beuvron, où le train Paris-Bourges,
immobilisé par un incendie quelque km plus loin,
nous avait lâchés, un bel après
midi d’avril, Dominique Brusson, moi et quelques
autres 900 mélomanes, au grand bonheur du débiteur
de boissons local, probablement vautré sur une
serviette aux Barbades à l’heure actuelle,
avec l’argent de la recette. Un des musiciens
accompagnant l’excellent Sylvain
Chauveau dans ses reprises de Depeche Mode, et rencontré
ce fameux jour qui nous vit côtoyer Jack Lang
(qui, bien que m’ayant salué ce jour là,
prit le susdit Brusson pour moi le lendemain dans un
hôtel) et Bertrand Delanoë sur la place de
La Motte-Beuvron (Ségolène avait déclaré
forfait), est en effet l’initiateur de ce beau
label de musiques croisées (jazz, contemporain,
post rock, pour faire court, entre E.C.M. et Tzadzik),
dont notamment le « Nocturnes
», dialogue fructueux entre la guitare électrique
de Patrice
Soletti et la clarinette d’Aurélien
Besnard, m’a agréablement tiré
l’oreille. Musique introspective, frayant sans
affectation avec le silence, avec un parfait équilibre
entre mélodie et dissonance, harmonie et bruitisme. |
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Cadeau, encore (tous ces gens qui me veulent du
bien…) : « La
Maison Tellier », groupe normand, je crois
(label Euro-visions), qui lorgne sans vergogne sur le
premier Palace Brothers, et qui lorgne bien, ils y gagnent
un beau petit son rupestre et cheap qui sied si bien
à cette musique. Le chanteur chante bien, des
paroles pourtant pas toujours à la hauteur, je
trouve, mais ça me plait bien quand même
dans l’ensemble, alors merci les gars, beau son.
J’en profite pour dire que parmi les disques qu’on
me donne, maquettes pas comprises, si je ne parle pas
de tout le monde, ce n’est pas forcément
par déficit d’affection, non, c’est
parce que je n’écoute pas tout. Sinon,
je n’écouterais rien d’autre que
ce qu’on m’offre. Voilà. |
Pas un cadeau : I
love you but I’ve chosen darkness. Et ben moi, je
ne t’aime pas et je vais ouvrir les fenêtres.
| Mamani
Keita, chanteuse malienne, a dernièrement
réalisé un très beau disque, «
Yelema » avec Nicolas Repac, merde, mon ordinateur
a failli faire une contrepèterie, sur le bien
nommé label No Format ! Ils ne sont pas si fréquents,
à ma connaissance, les mariages réussis
entre folk traditionnel, voire ancestral, et bidouillages
électro-acoustiques sur samplers, l’un
des deux y laisse généralement des plumes
(devinez lequel). Pas ici, où tout sonne comme
organique, régénéré et foisonnant,
tant d’un côté que de l’autre. |
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Beirut
: « Gulag Orchestra » : incroyable, ce truc,
de l’indie balkano-lyrique imaginé et conçu
par un minot américain de 20 ans à peine.
Et franchement très réussi, mélodiquement
aussi inspiré que Sufjan Stevens, dont les «
chutes » d’ «Illinoise» laissent
d’ailleurs songeur(« The avalanche »)…
Je veux bien lui descendre ses poubelles, au Sufjan,
des fois que des chutes de chutes s’y nichent... |
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